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Critique de “Par delà la mer Noire : Les mystérieux Paracas du Pérou” de Brien Foerster
Article mis en ligne le 2 février 2019

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Par Carl Feagans

Traduit par Aurl à partir de : Review of Brien Foerster’s ‘Beyond the Black Sea : The Mysterious Paracas Of Peru’

Une critique du récent livre de Brien Foerster sur la culture Paracas, de ses idées pseudo-archéologiques et de son plagiat.

Ayant un compte de membre Kindle Illimité, et le livre de Foerster étant dans la liste des titres que je pouvais lire gratuitement, j’ai pensé qu’il serait amusant d’en profiter pour en faire la critique. Et je dois dire que j’ai été profondément déçu. Dire que cet ouvrage souffre d’immenses lacunes techniques et académiques serait un gros euphémisme.

Problèmes techniques

Techniquement, le taux de plagiat du livre doit probablement avoisiner les 90%. La majeure partie du texte – tout particulièrement les trois premiers quarts – semble avoir été tirée directement de Wikipédia et d’autres sources, sans qu’en soit mentionnée l’origine ni que les auteurs soient remerciés comme cela doit se faire. Certains pourraient être tentés de défendre la démarche de Foerster en signalant que Wikipédia est sous licence Creative Commons, et que ce comportement est donc acceptable, mais ils auraient tort. Premièrement, copier/coller des passages entiers à la façon de Foerster est factuellement un indéniable plagiat. Le plagiat est l’acte de réutiliser un travail original et de le faire passer pour nouveau, ou pour le sien propre. Dans le cas de Foerster, cela aurait même été légal s’il s’était donné la peine d’attribuer correctement son texte à Wikipédia ou les autres sources desquelles il a recopié le contenu. Ce qu’il n’a pas fait.

Au lieu de cela, Foerster a même plagié les citations internes utilisées par les rédacteurs sur Wikipédia, les renumérotant et les faisant passer pour des sources qu’il aurait lui même lues et dont il aurait synthétisé les informations pour produire ses diverses descriptions de la culture Paracas, textiles, céramiques, outils de pierre, ADN mitochondrial etc. Après quelques pages, il devient rapidement aisé de différencier ses plagiats des rares moments où il donne son propre avis. Car typiquement, ses pensées propres sont illogiques, infondées, et sans citation pour les soutenir.

Capture d’écran de Wikipédia. Le texte surligné est copié/collé dans le livre.
Capture d’écran du livre "Beyond the Black Sea" montrant un exemple de copié/collé à partir de Wikipédia.

En plus de copier/coller du texte, Foerster modifie parfois certaines informations dans les passages avec lesquels il est en désaccord, pour que cela corresponde mieux à ses propres idées préconçues. De plus, il utilise de nombreuses images sans en donner l’origine. Plusieurs de ces images sont très probablement les siennes, mais beaucoup proviennent sans le moindre doute de WikiCommons, ou d’ailleurs, et ne sont jamais sourcées. L’absence de source pour des blocs de textes entiers et des images constitue une violation de copyright, même si les images sont considérées comme étant sous licence Creative Commons. Sous les termes de la licence CC BY 3.0 US, auxquelles répondent la plupart des contenus de texte Wikipédia et d’images WikiCommons : « Vous devez donner la source correcte, fournir un lien vers la licence, et indiquer si des modifications ont été apportées » (https://creativecommons.org/licenses/by/3.0/us/)

Dans l’unique passage où Foerster semble vouloir fournir un sourçage complet, il y échoue. Ainsi, lorsqu’il dit « Ce qui suit est un extrait de Thor Heyerdahl » il ne donne aucune indication sur la taille réelle de cet « extrait », et ne change pas le fond de la page, ni ne met en exergue le texte d’aucune manière. Mais pas d’inquiétude, l’extrait se poursuit sur 1534 mots ! Et il ne donne jamais la source, le travail précis d’Heyerdahl d’où provient l’extrait. A la place, Foerster donne un lien vers un site web externe où l’article entier de Heyerdahl a été posté.

Il y a également de nombreuses erreurs techniques disséminées tout au long de l’ouvrage, allant de fautes d’orthographe, d’erreurs grammaticales, à l’usage de termes impropres, jusqu’à des erreurs d’unités de mesures (centimètres au lieu de millimètres dans un cas), etc. Et au moins une fois où un passage entier de Wikipédia est copié/collé deux fois. Ces inconsistances techniques sont si importantes qu’elles amoindrissent sérieusement le sens du mot « auteur », comme se qualifie sans hésitation Foerster sur ses sites web et lors de ses apparitions publiques. Le copié/collé endémique de passages tout au long de son texte semble montrer son incompétence, ou un manque de compréhension ne serait-ce que minimale des sujets sur lesquels il cherche pourtant à être considéré comme un expert.

Quoiqu’il en soit, c’est une insulte directe à ses lecteurs.

Problèmes scientifiques

Foerster fait dans son livre quelques propositions dont la nature peut être évaluée objectivement. Par exemple, il affirme dans un des rares passages originaux : « D’autres cultures au Pérou et dans la proche Bolivie, avant et même après les Paracas, ont également pratiqué la déformation crânienne, mais aucune n’a été démontrée culturellement ou génétiquement liée aux Paracas ».

Lorsqu’il s’agit de génétique et de prélèvement d’ADN ancien (aDNA), le lecteur gagnerait à ne pas tenir le moindre compte de la majeure partie des prétentions de Foerster. En plus de l’affirmation citée ci-dessus, il affirme également qu’il n’y a pas eu la moindre recherche au cours des 50 dernières années sur la culture Paracas. Vous allez voir en quoi c’est complètement et définitivement faux. Dans une récente étude sur l’ADN ancien, il a été trouvé que la distance génétique entre les peuples de la culture Paracas au Pérou, et de la culture Yaghan au Chili voisin, était extrêmement petite. A tel point que l’explication la plus probable retenue à ce jour est qu’il s’agit d’une conséquence du peuplement initial du continent (Fehren-Schmitz 2009 ; Fehren-Schmitz, et al 2010). De plus, la répartition génétique globale de la péninsule de Paracas jusqu’à Nazca est décrite comme « très homogène », et due principalement aux changements climatiques ayant entraîné des mouvements démographiques et des migrations dans la zone de drainage du Rio Grande de Nazca (Fehren-Schmitz, et al 2014). Ces données énoncent le contraire de ce dont Foerster tente de convaincre ses lecteurs, à savoir que les peuples de Paracas étaient des Européens blancs, une espèce de sous-humains, et partis en bateau vers l’Île de Pâques. Désolé. Alerte spoiler.

Pour soutenir cette position pseudoscientifique, et d’aucuns diraient raciste, Foerster ressort le prétendu Inca « à peau blanche et à cheveux roux » que Francisco Pizzaro est censé avoir rencontré au 16ème siècle. Il cite le livre raciste et semi-fictionnel Aku-Aku, écrit par Thor Heyerdahl en 1957. Il s’agit d’une conversation entre Heyerdahl et son aku-aku, son guide spirituel, qui lui raconte à quel point les hommes blancs étaient formidables, et que les murs de pierres et les architectures monumentales sont la preuve de la présence des blancs, car les basanés ne pouvaient évidemment pas le faire eux-mêmes.

Bien entendu, Foerster aime exhiber toutes les momies à cheveux roux comme preuve. Peu importe que les cheveux roux soient le fait d’un gène récessif présent dans 1 à 2% de toutes les populations humaines. Peu importe le fait que dans la mort, de nombreux phénomènes modifient le corps. Les cellules commencent à refroidir, les bactéries commencent la décomposition. Les réactions chimiques et les interactions peuvent varier d’une inhumation à l’autre, à cause de l’humidité, de l’acidité, de la température, de la circulation de l’air, etc. Pour faire court, le corps lui même peut agir comme un agent décolorant pour les cheveux, oxydant les eumélanines plus fragiles, laissant intactes les phéomélanines à la pigmentation rouge plus résistantes (Houk and Siegal 2015).

Foerster écrit… enfin… copie et colle depuis Antigüedades peruanas, écrit par Mariano Eduardo de Rivero et Johann von Tschudi en 1851, un témoignage qui détaille la découverte de la momie d’une femme péruvienne présentant prétendument un fœtus au crâne allongé dans l’utérus. Et bien sûr, il montre l’image.

Image de Rivero et Tschudi, d’après WikiCommons.

Une image qui est un très joli dessin de ce que Rivero et Tschudi décrivent comme « un fœtus de 7 mois ». Avec ça, il faut deviner s’il est question d’un fœtus ou d’un nourrisson. Le premier serait à 7 mois de grossesse, et le second serait à 7 mois après la naissance. Le dessin, listé comme la Planche VII chez Rivero et Tschudi, est détaillé et ne représente certainement pas un fœtus de 28 semaines. Il a même l’air trop robuste pour un enfant de 7 mois. Si le témoignage de Rivero et Tschudi est exact, alors il est bien plus probable qu’ils aient mal reconstitué la scène de l’enterrement. L’enfant et la mère ont pu mourir ensemble ou l’un peu de temps après l’autre, et avoir ensuite été enterrés ensemble d’une façon qui, le temps faisant son œuvre, apparaîtrait à un observateur inexpérimenté tardif comme une position in-utéro. Malgré la célébrité et les qualifications du bon docteur Rivero, il est plus probable qu’il se soit simplement trompé si les dessins sont un tant soit peu précis. Tarsiens, carpiens, os crâniens, et poignets, hanches, genoux et coudes ne sauraient être aussi articulés chez un fœtus de 28 semaines. Foerster a utilisé la même rengaine dans une de ses vidéos, où il consulte « Ken le radiologue » [1] pour qui il s’agit d’un fœtus à un moment, et qui plus tard, dit qu’il peut s’agir d’un enfant de 9 mois. Heureusement qu’il a consulté un radiologue.

Foerster se plait également à évoquer l’absence de suture sagittale et le placement du foramen magnum comme une preuve de « non-humanité » ou de l’appartenance à une sous-espèce. Mais les structures crâniennes s’effacent avec le temps. Même s’il affirme « ce n’est pas que la suture a fusionné, elle est simplement totalement absente ». Hé bien, Brien, c’est justement ce qu’« effacé » signifie. Absent. Les structures crâniennes chez les humains âgés peuvent totalement s’oblitérer, au point d’être absentes. Envolées. Pouf ! Cela se produit avec l’âge, mais peut également survenir prématurément sous l’effet de certaines pathologies. La craniosynostose est une maladie qui touche les enfants de temps à autre – les sutures fusionnent très tôt et cela entraîne des déformations. Mais des déformations crâniennes artificielles provoqueront également une fermeture prématurée des sutures. Les déformations artificielles peuvent également entraîner un prognathisme qui affectera la taille et la forme de la mandibule ou des maxillaires, ainsi que des orbites oculaires. Foerster mentionne tout cela comme une preuve d’une prétendue « cause génétique » à la déformation crânienne. Il n’en est rien. De même que la position du foramen magnum n’est pas un problème. Dans son livre, Foerster montre côte à côte les photos d’un crâne normal et d’un crâne allongé. Il prétend que le foramen magnum du crâne allongé est trop loin en arrière de la tête et que les foramen ovales sont absents. Rien de cela n’est vrai, et peut se voir sur ses propres photographies. Plutôt que de comparer la position du foramen magnum avec l’arrière de la tête, prenez plutôt comme repère la partie basale de l’os occipital, entre le vomer (trivialement, là où commence le palais) et le foramen magnum lui-même. En d’autres mots, situez le gros trou duquel part la colonne vertébrale, en fonction du côté avec les dents plutôt qu’en fonction de l’arrière. Il est à la bonne place.

Foerster dit, « quand on observe un changement dramatique dans les positions des éléments du crâne, cela indique généralement soit une manipulation culturelle du crâne, soit un changement dans la structure de l’ADN. » Sérieusement ? « Généralement » ? C’est une affirmation scientifique quantitative pour laquelle il ne fournit toujours aucune donnée en soutien. C’est ainsi que fonctionne la pseudoscience : cela sonne scientifique, mais les vraies données sont toujours manquantes.

Mais quels résultats de tests ADN Foerster utilise-t-il pour justifier sa décision de mettre les mots « mer Noire » dans le titre de son « livre » ?

Il dit, à la troisième personne, « les résultats d’ADN mitochondrial obtenus par Brien Foerster sur de nombreux Paracas pointent vers une origine européenne ancestrale. »

Vous pouvez le croire sur parole.

Il ne donne aucune description convenable des méthodes ou du matériel utilisés pour collecter ses données. Plus particulièrement, il ne dit rien d’échantillons de contrôle ou de dangers de contamination. Il ne dit rien d’une consultation des potentiels descendants vivants actuellement avant d’échantillonner. Pas plus que de la consultation des autorités péruviennes appropriées avant l’envoi prétendu de prélèvements de spécimens de la culture péruvienne hors du pays. Dans les plus PARFAITES conditions, récolter des échantillons d’ADN ancien n’est pas une tâche faisable pour quelqu’un d’inexpérimenté. La contamination n’est pas seulement un risque, elle est la norme attendue, même avec des restes préservés in situ. Ces échantillons proviennent de crânes de restes profanés et mis à disposition dans un petit musée privé, et ont probablement été manipulés par des visiteurs curieux pendant des décennies.

Et à cause de son manque de compréhension du fonctionnement de la bioarchéologie, du fonctionnement de la vraie science, de comment se documenter correctement et synthétiser les informations en quelque chose de lisible, Brien Foerster conclut par : « nous voyons là probablement une sous-espèce de l’humanité ».

Une sous-espèce de l’humanité. Voilà comment il voit le merveilleux, formidable peuple de Paracas. La riche variété et la profondeur artistique de ses textiles, de ses céramiques, et de son mode de vie, réduites à une « sous-espèce de l’humanité ».

Sources et lectures complémentaires

Carmichael, Patrick (2016). « Nasca origins and Paracas Progenitors ». Ñawpa Pacha Journal of Andean Archaeology, 36(2), 53-94.

Cadwallader, Lauren Cadwallader (2012). Investigating 1500 Years of Dietary Change in the Lower Ica Valley, Peru Using an Isotopic Approach. Dissertation submitted for Ph.D. at Fitzwilliam College, University of Cambridge.

Canziani, Jose (2013). « Arquitectura, urbanismo y transformaciones territoriales del periodo Paracas en El Valle de Chincha ». Boletin de Arqueologia PUCP, 17, 9-29.

Cook, Anita (1999). « Asentamientos Paracas en el Valle Bajo de Ica, Perú ». Gaceta Arqueológica Andina 25 : 61– 90.

DeLeonardis, Lisa (1991). Settlement History of the Lower Ica Valley, Peru, Vth –Ist Centuries, B.C. M.A. thesis, Department of Anthropology, Catholic University of America.

DeLeonardis, Lisa (2005). « Early Paracas Culutral Contexts : New Evidence from Callango ». Andean Past, 7(7), 27-55.

Fehren-Schmitz L. 2008. Molekularanthropologische Untersuchungen zur präkolumbischen Besiedlungsgeschichte des südlichen Perus am Beispiel der Palpa Region (Molecular anthropological investigations on the pre-Columbian colonization history of southern Peru using the example of the Palpa region). Goettingen : Ph.D. thesis, Department of Biology, University Goettingen.

Fehren-Schmitz L, Reindel M, Cagigao ET, Hummel S, Herrmann B (2010) « Pre-Columbian population dynamics in coastal southern Peru : A diachronic investigation of mtDNA patterns in the Palpa region by ancient DNA analysis ». American Journal of Physical Anthropology, 141(2):208–221.

Fehren-Schmitz L, et al. (2011). « Diachronic investigations of mitochondrial and Y-chromosomal genetic markers in pre-Columbian Andean highlanders from south Peru ». Annals of Human Genetics 75(2):266–283.

Fehren-Schmitz L, et al (2014). « Climate change underlies global demographic, genetic, and cultural transitions in pre-Columbian southern Peru ». PNAS, 111(26), 9443-9448.

Houck, M.M. and Siegel, J.A. (2015) Fundamentals of Forensic Science, 3rd ed. New York : Academic Press

Unkel I, Kromer B, Reindel M, Wacker L, Wagner G (2007) « A chronology of the pre-Columbian Paracas and Nasca cultures in south Peru based on AMS C-14 dating ». Radiocarbon 49(2):551–564.