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De la transparence et de l’intégrité scientifique
Article mis en ligne le 11 octobre 2008

par Irna

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Pour une Fondation qui se vante de pratiquer un "travail transparent" (en) (voir aussi ses statuts (bs)), on peut dire que la Fondation "Parc archéologique : Pyramide du Soleil de Bosnie" de M. Osmanagic donne un bel exemple de "transparence" et d’intégrité scientifique avec l’épisode du rapport de l’archéologue Andrew Lawler. J’ai pu obtenir de l’auteur (qui a, en grande partie à cause de ce même épisode, quitté la Fondation) l’original de ce rapport consacré à la datation d’un morceau de bois fossile trouvé dans le tunnel de Ravne, original qui peut être consulté ci-dessous :

Rapport originel d’Andrew Lawler
Andrew Lawler’s original report

Or la version de ce rapport qui a été présentée aux participants de la "première conférence scientifique internationale sur les pyramides de Bosnie" en septembre 2008 à Sarajevo a été assez largement modifiée, sous la pression de M. Osmanagic qui y trouvait, aux dires de M. Lawler, "trop de géologie" et "trop de conjectures". C’est donc la version ci-dessous qui a fait l’objet d’une présentation publique à Sarajevo :

Rapport modifié par M. Osmanagic présenté à la conférence de Sarajevo
The report, incorporating Mr. Osmanagic’s suggested amendments, that was presented to the Sarajevo conference

Et enfin, c’est une troisième version, beaucoup plus courte, qui a été publiée tant sur le site de la conférence (section rapports (en)) que sur le site de la Fondation (en) :

Rapport publié par la Fondation
The report published by the Foundation - Source

La comparaison des trois versions de ce rapport est édifiante. Les trois sont identiques pour le début : introduction, prise des échantillons, résultat du laboratoire de Kiel avec les infos sur la méthode utilisée par le laboratoire. Par contre, comme je l’avais déjà noté ici et , la version publiée sur le site de la Fondation s’arrête abruptement là, et ne dit pas un mot des implications de ce résultat. Les deux autres versions comprennent toutes deux la discussion annoncée dans l’introduction (implications du résultat, implications pour les recherches futures) et une bibliographie, mais avec des différences importantes entre le rapport originel et le rapport "retouché" présenté lors de la conférence.

En effet, le rapport originel d’Andrew Lawler mentionne bien (pages 7 et 8) la discordance entre l’âge obtenu par datation au radiocarbone de l’échantillon (environ 30 000 ans) et l’âge Miocène (au moins 6 ou 7 millions d’années) couramment admis par les géologues bosniens pour le conglomérat au sein duquel l’échantillon a été prélevé, et relève bien que le seul à attribuer un âge Quaternaire à ces conglomérats est le géologue égyptien invité par la Fondation M. Barakat (voir cet article pour plus de détails). L’archéologue britannique se refuse à trancher entre les deux options, celle présentée (et jamais justifiée scientifiquement) par un unique géologue égyptien et celle admise par les spécialistes de la géologie locale ; mais il envisage bien les deux scénarios et les différentes hypothèses qu’ils peuvent impliquer concernant les conditions du dépôt de l’échantillon de bois [1].

Or, toute cette discussion a disparu de la version remaniée du rapport, la seule dont ont eu connaissance les participants à la conférence de Sarajevo. Plus question, dans cette nouvelle version, de mentionner les apports des géologues locaux (auxquels toute référence a d’ailleurs disparu de la bibliographie, alors que la bibliographie originelle citait deux cartes géologiques de la région de Visoko) ; la seule option envisagée dans cette deuxième version (pages 5 et 6) est celle d’un âge récent, Holocène ou Pléistocène, des conglomérats, et la seule référence géologique mentionnée est le "rapport" de 2006 du Dr Barakat où les conglomérats de Ravne font l’objet d’une unique phrase.

De même, les implications pour les recherches futures (pages 8 et 9 dans le rapport originel, page 7 dans la version remaniée) ne sont plus tout à fait les mêmes : alors que le rapport originel de M. Lawler insistait sur la nécessité d’une étude géologique sérieuse des conglomérats ("the priority in regards to further research leading to an accurate dateline of events in the Ravne tunnel system should be to ascertain the geological age of the medium into which the tunnels were originally cut", "la priorité en ce qui concerne les recherches futures, pour aboutir à un calendrier précis des événements dans le système de tunnels de Ravne, devrait être de s’assurer de l’âge géologique du sédiment dans lequel les tunnels ont été originellement creusés"), le rapport remanié par M. Osmanagic considère comme acquis l’âge récent du sédiment : "As the dates given by the AMS 14C laboratories comply with the suggested age of the sediments" ("Puisque les dates données par le laboratoire sont conformes à l’âge suggéré pour les sédiments"), oubliant que cet âge n’est "suggéré" - c’est bien le mot - que par M. Barakat.

Le lecteur curieux pourra s’amuser à repérer quelques autres petites différences entre les deux versions du rapport. Ces modifications ne sont pas anecdotiques : en s’ajoutant aux nombreux autres exemples relevés par le passé de mensonges ou omissions, elles confirment, s’il en était besoin, que le travail d’une Fondation qui va jusqu’à dissimuler ou maquiller les rapports de ses propres chercheurs est tout sauf "transparent" et "intègre".