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Dr. Semir Osmanagic, Fake Article Scandal
Article mis en ligne le 23 avril 2011

par Irna

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Audaciter calomniare semper aliquid haeret - Francis Bacon

Le titre ci-dessus n’est qu’une reprise, légèrement adaptée, du titre d’un article publié sur le site de la Fondation (en) de M. Osmanagic : « Dr. Zahi Hawass, Fake Chamber Scandal ».

Capture d’écran du 22 avril 2011
Screen capture of April 22, 2011 - Source

L’article en question (copié/collé de l’original situé ici (en)) entend démontrer que Zahi Hawass, responsable des Antiquités égyptiennes, aurait truqué la fameuse émission du 17 septembre 2002, au cours de laquelle on a pu assister en direct au percement par le robot Pyramid Rover d’un petit trou dans le bloc obstruant le "conduit d’aération" sud de la "Chambre de la Reine" dans la Pyramide de Khéops, afin d’y faire passer une caméra miniature. Cette démonstration s’appuie sur deux photos de ce conduit, présentées comme étant prises avant et pendant le percement du trou, et conclut des nombreuses différences relevées entre les deux photos qu’il y a eu tricherie de Zahi Hawass, qui aurait fait percer un « faux » bloc dans un « faux » conduit, le tout afin probablement de « garder pour lui » les « secrets » dissimulés au-delà du "vrai" bloc.

La publication de cet article sur le site de la Fondation fait suite à une véritable campagne "anti-Hawass" reprenant divers articles publiés dans la presse et sur des blogs depuis les évènements que l’on sait en Egypte : « La chute du pharaon Zahi », « Trésors égyptiens volés », « Egypte : Zahi Hawass et un sombre passé », « Comment le “pharaon” Dr. Zahi Hawass a essayé de stopper le projet des pyramides bosniennes », « L’égyptologiste, le sphinx et l’opération de camouflage »...

Pourquoi une telle haine contre Zahi Hawass ? Le personnage est assez controversé dans le milieu de l’égyptologie, tant en Egypte qu’à l’étranger. Ses collègues égyptologues lui reprochent pêle-mêle son autoritarisme, sa volonté affichée “d’égyptianiser” l’égyptologie en multipliant les contraintes et les obstacles pour les équipes étrangères, sa façon de “s’approprier” plus ou moins élégamment tout ce qui se découvre en Egypte et de se mettre systématiquement en avant... Mais le milieu où se rencontrent ses adversaires les plus virulents, et depuis longtemps, est très souvent celui des pseudo-scientifiques et autres “pyramidiots”, qui ne pardonnent pas à Zahi Hawass son dédain pour leurs théories, son refus de les laisser prélever des dizaines de blocs des pyramides ou pratiquer toutes sortes d’expériences inédites dans ces dernières. Il n’est donc pas très étonnant de voir le site de M. Osmanagic entonner, à la suite d’à peu près tous les forums et blogs “alternatifs”, la litanie des “crimes” du Dr. Hawass.

Pourtant, M. Osmanagic n’a pas toujours été anti-Hawass : il a même essayé, au tout début de son projet à Visoko, entre janvier et mai 2006, de “l’enrôler” indirectement dans son aventure, soit en lui faisant tenir des propos plus ou moins favorables (en) à ses thèses, soit en affirmant que le minéralogiste Aly Barakat avait été choisi spécialement par lui (en) pour venir étudier les “pyramides” de Bosnie. Las, le démenti (en) en juin 2006 de Zahi Hawass fut cinglant, et l’égyptologue a depuis régulièrement réaffirmé sa conviction que les thèses de M. Osmanagic ne reposaient sur aucune base sérieuse.

Depuis, le Dr. Hawass est donc devenu le principal “ennemi” de M. Osmanagic, celui que M. Osmanagic accuse de tirer les ficelles et d’agir dans l’ombre, voir par exemple cet article (en) (« Comment le “pharaon” Zahi Hawass a essayé de stopper le projet des pyramides de Bosnie »), bel exemple de paranoia pseudo-scientifique. D’où cette succession d’attaques sur l’égyptologue : tout est bon pour ternir son image à un moment où sa position est apparemment affaiblie par la révolution égyptienne et ses conséquences.

Seulement, voilà : l’article recopié sur le site de la Fondation n’est lui-même qu’un faux, un trucage. En effet, les photos illustrant l’article appartiennent à deux conduits différents (en) de la “Chambre de la Reine”, le conduit nord et le conduit sud :

"Conduit" et "porte" sud
Southern ’shaft’ and ’door’ - Source
"Conduit" et "porte" nord
Northern ’shaft’ and ’door’ - Source

C’est la “porte” du conduit sud, connue depuis 1994, qui a été forée en septembre 2002 ; celle du conduit nord, jusqu’alors inconnue (la précédente exploration par un robot, celle de Gantenbrink en 1994, n’ayant pas pu franchir un coude de ce conduit), n’a été révélée (en) que quelques jours après l’émission du 17 septembre 2002. Tout l’article, et donc toute l’accusion contre Zahi Hawass, repose donc sur un faux caractérisé, consistant à faire croire qu’il s’agit de photos d’un seul et même conduit, le conduit sud.

On peut s’étonner que M. Osmanagic, l’un des « leaders mondiaux de la recherche sur les pyramides » (en), n’ait pas vu la fraude. A défaut, lui ou son webmestre auraient pu prendre la peine de lire les commentaires sous l’article original. En effet, dès le troisième commentaire les faits sont rétablis, et dès le matin du 19 avril (l’article original ayant été posté le soir du 18, et repris sur le site de la Fondation le 21), Chris Dunn (en) lui-même, l’un des amis et collègues (en) de M. Osmanagic, s’empressait de mettre les points sur les i, allant jusqu’à expliquer pourquoi la “poignée métallique” de droite sur le bloc du conduit sud a changé d’allure entre les photos de 1994 et celles de 2002. De même, sur beaucoup de forums “alternatifs” où l’article stupide et diffamatoire a été repris, des commentateurs ont pris la peine de dénoncer la manipulation (en). En sera-t-il de même sur le site de la Fondation ?

Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose...