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Jacques Grimault, savant ou plagiaire ?
Article mis en ligne le 23 mai 2021

par Alexis Seydoux

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Jacques Grimault est connu, dans les milieux de la pseudo-archéologie et de la pseudo-histoire, pour son rôle d’auteur dans le documentaire La Révélation des Pyramides, sorti en 2010 [1]. Dans ce dernier, M. Grimault apparaît comme celui qui apporte ses connaissances, sous la dénomination d’informateur secret, identité officialisée dans le documentaire Gizeh 2005 [2]. Nous nous sommes rendu compte que, dans ses écrits comme dans ces deux documentaires, M. Jacques Grimault clame que les « connaissances » qu’il apporte sont issues de ses propres découvertes et de ses recherches personnelles [3]. Nous nous sommes interrogés sur la véracité de ce propos, car nous savons en Histoire et en Archéologie, que le savoir n’apparaît pas spontanément, mais est issu d’une lecture et d’une critique des sources, en s’appuyant sur les études en cours et sur une sédimentation des connaissances.

Les « découvertes » sur la pyramide de Khéops de M. Grimault sont ainsi résumées par Patrice Pouillard : M. Grimault a mis en avant, en partant des mesures des pyramides, des calculs, qui sont en relation avec les mesures de la Terre et des constantes mathématiques [4]. Il ajoute qu’il n’a pas voulu se mettre en avant en dévoilant ses « savoirs », mais a préféré rester dans l’ombre, en distillant le fruit de ses « recherches » à d’autres chercheurs, comme MM. Guy Mouny, Guy Gruais ou François Dupuy-Pacherand [5].

Jacques Grimault
Patrice Pouillard

Ces connaissances sont « dévoilées » par M. Grimault dans le film La Révélation des Pyramides, ainsi que dans de petits opuscules. Ces derniers sont en général assez courts, soixante pages, et très répétitifs. Par exemple, dans ces deux courts ouvrages, Comprendre le nombre d’or et Le mystère Khéops, des paragraphes entiers sont identiques. Ainsi, la page 5 du premier reprend les pages 13 et 14 du second. C’est de nouveau le cas dans les pages qui donnent les valeurs remarquables de Phi et de Pi, page 31 du premier et page 20 du second. Ces ouvrages sont aussi truffés d’erreurs factuelles : par exemple, M. Grimault indique que Antipater de Sidon a défini les Sept merveilles du Monde en 218 avant notre ère ; c’est en réalité vers 140 avant notre ère. Cette erreur n’est pas en soi gigantesque et ne fausse pas le raisonnement, en revanche, elle montre que contrairement à ce que dit son auteur, tout ce qu’il écrit est loin d’être exact [6]. Ces ouvrages manquent en outre cruellement de relecture, tant l’enchaînement des idées apparaît brouillon et tant les répétitions sont nombreuses. Enfin, l’auteur ne cite pas réellement ses sources, ou partiellement, par exemple le titre d’un livre ancien, mais sans la page ou l’édition.

Monsieur Grimault affirme que les idées qu’il énonce dans les films sont issues de recherches qu’il aurait effectuées depuis qu’il a l’âge de quinze ans. Elles auraient débuté à l’occasion d’un exposé et se seraient ensuite poursuivies pendant quarante ans [7].

Nous allons donc voir comment Jacques Grimault aurait acquis les « savoirs » qu’il prétend détenir et s’il s’agit bien d’un parcours d’autodidacte, comme il le prétend. Notre propos n’est pas ici de reprendre une à une les fausses affirmations de M. Grimault dans ses ouvrages et dans les films auxquels il participe. Cela a déjà été fait, à la fois dans des articles, des blogs et des vidéos [8]. En parcourant certains de ses ouvrages, nous avons en effet noté des emprunts et des récupérations, dont il ne mentionne jamais la source, alors que cela est essentiel dans une démarche de chercheur.

Nous allons ici tenter de remonter les sources de M. Grimault et montrer en quoi son travail, loin d’être original, n’est qu’une succession de récupérations et d’emprunts.

Dans un premier temps, nous nous pencherons sur le parcours de M. Grimault, puis sur l’origine du lien entre les dimensions de la pyramide et les nombres remarquables et le mètre, et enfin sur les liens avec les dimensions de la Terre.

Ainsi, selon ses propres dires, que ce soit dans le documentaire Gizeh 2005 ou dans plusieurs interviews, les découvertes extraordinaires qu’il a faites ont démarré à quinze ans, à l’occasion d’un exposé dont il a choisi le thème, les pyramides du plateau de Gizeh. Ensuite, pendant quarante années, il aurait accumulé de très nombreuses notes rassemblées dans un très grand nombre de classeurs [9] et sur 40.000 pages écrites. Dès le départ, il aurait découvert les erreurs des égyptologues sur ces structures. Il ajoute qu’il a lu tous les ouvrages sur ce sujet dans plusieurs langues : français, anglais, allemand, italien, espagnol et autres [10]. Il indique encore qu’il aurait découvert seul les corrélations entre les mesures de la pyramide de Khéops, certaines unités de mesure, certaines constantes mathématiques et certaines données [11]. Mais il évoque également dans d’autres interviews qu’il aurait reçu un enseignement, notamment de son grand-père [12].

Toute cette construction de son savoir ressemble fortement à un story telling [13]. En effet, l’enseignement personnel dès le jeune âge, la capacité d’en remontrer aux savants, la réception de connaissances, cela donne à penser à un enseignement messianique, dans lequel Jacques Grimault apparaît tour à tour comme un génie, un initié et un prophète. Il couvre ainsi les figures que les hagiographies médiévales et les vies des saints présentent, à la manière de la Vita Eucherius de Lyon : il n’est pas seulement un découvreur, il est un véritable prophète [14].

Dans ce discours, Jacques Grimault met en avant quelques références. La première, sur laquelle il insiste, c’est l’ouvrage de Jean-Philippe Lauer, Le problème des Pyramides d’Égypte, publié en 1948 [15]. Dans ses ouvrages, M. Grimault cite aussi des livres parus avant la Seconde guerre mondiale. Ainsi, la définition du terme pyramide est empruntée à Abel Rey (1873-1940), dans un ouvrage de 1930 [16]. Il cite également Eugène-Michel Antoniadi (1870-1944), pour une définition mathématique de la coudée égyptienne, mais sans précision quant au titre et à l’année [17]. Enfin, pour les mesures de la pyramide, M. Grimault s’appuie sur celles effectuées par J.H. Cole (que Monsieur Grimault prénomme H.G.) [18].

Mesures de J.H. Cole en 1925

Étonnamment, M. Grimault, qui indique avoir tout lu, ne se sert pas des mesures de Josef Dorner (en 1979) ou de celles de Glenn Dash (en 2012), ni des ouvrages sur les pyramides de Gizeh publiés dans les années 1950 et 1960, comme Alexandre Lagopoulos, The Symbolism of the Pyramid of Kheops ou encore Vito Maragioglio, L’architettura delle piramidi Menfite. Parte IV, La Grande Piramidi di Kheops [19]. Ainsi, cette prétention à avoir tout lu ne semble pas réelle et relève de la posture.

Beaucoup du vocabulaire de référence ou des prises de positions de M. Grimault sont empruntés aux pseudo-chercheurs des années 1960, et notamment à ceux présents lors de l’émission de M. Bernard Pivot, Apostrophe, du 28 novembre 1975 [20]. M. Grimault prend ainsi à Maurice Châtelain son accusation de faux calculs dans un ouvrage, sans citer l’ouvrage incriminé [21], et fait sienne une accusation qu’il n’a pas portée personnellement. Et, sans doute, cette accusation a été prise par l’auteur de LRDP chez François Dupuy-Pacherand, qui consacre un article à l’ouvrage de Jean-Pierre Adam, L’archéologie devant l’imposture, dans la revue Atlantis [22].

Jean-Pierre Adam, L’Archéologie devant l’imposture,1975
Revue Atlantis, septembre-décembre 1976

De même, M. Grimault reprend un argumentaire qui a été celui avant lui de nombreux chercheurs alternatifs, comme monsieur Charroux, celui de la perfection des monuments ou de leur plus grande ancienneté [23], ou encore de l’incapacité actuelle à refaire de tels monuments [24]. On voit qu’avec une grande facilité, M. Grimault reprend à son compte des positions et des postures qui sont celles des chercheurs alternatifs des années 1960.

D’autant que M. Grimault s’appuie, comme certains groupes de chercheurs des années 1920 à 1960, sur des ouvrages du XIXe siècle. Il appuie le début de sa réflexion sur l’auteur britannique John Taylor. Ce dernier est un éditeur anglais du XIXe siècle, qui publie en 1859 un ouvrage, The Great Pyramid : Why Was It Built- And Who Built It ? [25].

Plan de la pyramide, Piazzi Smyth, page 51.

Il s’inscrit dans la « préhistoire » de l’égyptologie, qui n’est pas encore de l’archéologie, mais plutôt l’égyptologie des voyageurs ou des aventuriers où la rigueur n’est pas de mise. C’est aussi celle d’une vision orientaliste [26]. De plus, comme l’explique de manière claire Bruce Trigger, avant les années 1880, les égyptologues n’osent pas remettre en cause les renseignements chronologiques contenus dans la Bible [27]. Aussi, John Taylor cherche, à la manière d’un savant du XVIIIe siècle, une sorte de plan divin dans la Pyramide de Khéops, plan divin qui, nécessairement, relie cette pyramide aux tribus d’Israël, et de là, à la Grande-Bretagne. Les travaux de Taylor sont repris et amplifiés par Charles Piazzi Smyth dans un ouvrage de 1864, Our Inheritance in the Great Pyramid [28]. Comme son prédécesseur John Taylor, il veut raccorder ce bâtiment à une « coudée biblique », elle-même reliée aux mesures britanniques [29]. Ainsi, Charles Piazzi Smyth reprend les calculs de John Taylor, y ajoute des schémas, mais ne change pas réellement les idées du premier [30]. Jacques Grimault épouse donc cette idée déjà ancienne d’un plan secret contenu dans la Pyramide de Khéops.

On pourrait en réalité s’arrêter ici. L’ensemble des « déductions » de M. Grimault ne sont en réalité aucunement originales, mais reprises directement dans ces deux ouvrages. Mais, à la différence des Britanniques, Jacques Grimault construit son raisonnement à partir du système métrique. Il nous faut donc explorer cet axe.

M. Grimault affirme avoir découvert un lien entre les dimensions de la pyramide, Pi et le mètre, formulé ainsi : la coudée « des bâtisseurs » est égale à la circonférence d’un cercle d’un mètre de diamètre divisée par six (soit Pi divisé par six) ; et le lien avec Phi est mis en avant en indiquant que Pi moins la coudée est égal à Phi au carré [31].

Relations supposées entre le mètre, la coudée, Phi et Pi.

Cela semble impressionnant. Mais cette idée est une nouvelle fois sans originalité, car elle est tout simplement pillée au docteur Funck-Hellet [32]. L’article du docteur Funck-Hellet datant de 1952, on voit mal comme Jacques Grimault, né en 1954, aurait pu en être l’initiateur. Et l’hypothèse d’un lien entre la pyramide et le mètre est encore plus ancienne, puisqu’elle est exprimée dès 1949 par Schwaller de Lubicz, et développée dans son ouvrage Le Temple de l’Homme [33]. Elle est ensuite transmise à François Dupuy-Pacherand, dont nous avons déjà parlé. Cette transmission est évoquée ainsi : « Vers 1956 je rencontre à Clichy un vieux médecin, le docteur Funck-Hellet, chez lequel je prends connaissance d’une lettre de Schwaller de Lubicz qui déclare expressément : Les Égyptiens connaissaient le mètre. Je l’ai vérifié dans des milliers de cas sur des édifices pharaoniques. Sur un mur datant de la IIIe dynastie, il existe encore deux lignes peintes dont l’écartement est exactement d’un mètre » [34].

Le Temple de l’Homme, René Schwaller de Lubicz, édition de 2011

Et cette hypothèse de la coudée de 0,5236 mètre, que M. Grimault emploie de manière récurrente, est en fait puisée chez René Schwaller de Lubicz, qui explique ainsi : « La coudee royale égyptienne, employée dans la plupart des grands monuments, est théoriquement équivalente à 0,5236 m, ce qui correspond à la sixième partie de 3,1416 m. Autrement dit, un cercle ayant pour rayon un mètre aurait pour développement 6,2832 m, c’est-à-dire 12 coudées royales égyptiennes. La coudée pharaonique mettrait ainsi en constantes relations le système décimal (le mètre et sa moitié) avec les nombres duodécimaux et la mesure du cercle. » [35]. Et ce lien entre le mètre, la coudée, Pi et Phi, c’est bien le docteur Funck-Hellet qui le met en avant le premier, comme le souligne François Dupuy-Pacherand dans un article de la revue Atlantis [36].

Travaux du docteur Funck-Hellet

Ainsi, ce que M. Grimault affirme comme étant sa découverte, n’est qu’un emprunt, dont l’idée originale – le lien entre les mesures anciennes et les mesures contemporaines – date du XIXe siècle. Le rapport entre le mètre, des nombres remarquables et la « coudée des bâtisseurs » a en fait été inventé par Schwaller de Lubicz et présenté par le docteur Funck Hellet au début des années 1950. De plus, c’est François Dupuy-Pacherand qui en tire les conclusions que M. Grimault s’attribue indûment. Ainsi, M. Dupuy-Pacherand écrit que le nombre Pi se retrouve un nombre extraordinaire de fois dans la grande Pyramide, et démontre que les mesures effectuées avec la coudée égyptienne (la vraie de 0,5236 m, et non celle inventée par Piazzi Smith et l’abbé Moreux) montrent « les interactions permanentes du mètre, du système horaire, des mesures luni­-terrestres, de l’acoustique musicale, en conformité avec les formules les plus modernes de l’astronomie et de la physique » [37]. Parlant du temple de Karnak, il conclut que : « tout se passe comme si on y relevait la trace d’une incroyable synthèse du système métrique, du Nombre d’Or et de la mesure astronomique des temps annuels… » [38].

Par ailleurs, ce lien apparait très artificiel aux archéologues, comme l’indique Jean-Philippe Lauer dans un article dans le même numéro où le docteur Funck Hellet développe son hypothèse construisant artificiellement un lien entre le mètre, Pi et Phi ; nous avons déjà montré que ce lien est factice [39].

On voit donc que, contrairement à ses affirmations, M. Grimault n’est en aucun cas l’inventeur de la relation entre la coudée égyptienne, Pi et Phi.

Qu’en est-il des relations qu’il estime exister entre les dimensions de la pyramide de Khéops et le système solaire ?

M. Grimault prétend avoir découvert des relations entre la taille de la pyramide et la Terre [40]. Là encore, aucune invention, juste des emprunts. Il est probable que M. Grimault a essentiellement emprunté à l’abbé Théophile Moreux ses hypothèses sur la place de la pyramide sur le globe, mais également à d’autres auteurs. Ainsi, dès 1924, l’abbé Théophile Moreux écrit : « Or que toutes ces conquêtes de la science moderne soient dans la Grande pyramide à l’état de grandeurs naturelles mesurées et toujours mesurables, ayant seulement besoin pour se montrer au grand jour, de la signification métrique qu’elles portent avec elles, c’est évidemment inexplicable d’après nos données sur la civilisation antique, mais c’est un fait que l’on essaie vainement de révoquer en doute et qui plonge les savants actuels dans la plus grande stupéfaction » [41]. Cette hypothèse empruntée à l’abbé Moreux, qui l’a lui-même empruntée à Charles Piazzi Smyth, est encore une fois passée par François Dupuy-Pacherand [42]. Ainsi, ce dernier indique « pour les astronomes antiques, le temps et l’espace se répondaient sans fin dans un éternel engrenage de Nombres dont notre globe fournit lui-même une des clés fondamentales » [43]. Il ajoute dans un autre numéro « la clef de la Grande pyramide est la dix-millionième partie du quart d’un méridien de la Terre » [44]. De même, M. Dupuy-Pacherand indique que le double horizon de la pyramide de Khéops « transpose en mètres le nombre exact des secondes contenues dans un jour de vingt-quatre heures (86.400 secondes) » [45].

Néanmoins, l’invention mise en avant comme révolutionnaire par M. Grimault, c’est de prendre non pas seulement la hauteur visible de la pyramide de Khéops, mais la hauteur prenant en compte la chambre souterraine, ce qui est mentionné comme la « hauteur invisible ». De nouveau, M. Grimault, alors qu’il en revendique la paternité, emprunte à François Dupuy-Pacherand [46].

Par ailleurs, M. Grimault revendique d’autres relations entre la pyramide et les mesures de l’espace. Mais on retrouve aussi ces idées chez William Fix, un auteur américain qui ne fait pas partie de la liste des informateurs de M. Grimault. L’ouvrage lui-même est paru aux États-Unis en 1978, mais la traduction française, effectuée par Dorothée Kœchlin de Bizemont, est publiée en 1990 [47]. Il faut rappeler que la traductrice se considère une spécialiste d’Edgar Cayce (1877-1945), le médium américain des années 1920, dont l’influence sur certains pseudo-archéologues est importante [48]. Dans cet ouvrage, William Fix reprend une partie des hypothèses sur le codage dans la pyramide des données géodésiques. En prime, cette hypothèse a également été mise en avant par Peter Tompkins, en 1972. Ainsi, il explique dans Les secrets de la Grande Pyramide : « il s’agit, en fait, d’une échelle mathématique de notre hémisphère, incorporant exactement les degrés géographiques de la latitude et de la longitude » [49]. De même, William Fix indique dans le même ouvrage que le périmètre de la pyramide est égal à une demi-minute de latitude au niveau de l’Équateur [50]. Comme M. Grimault n’a jamais mentionné avoir été l’informateur de William Fix, nous devons donc penser que M. Grimault n’est pas l’inventeur qu’il se vante être, mais ne fait, sur ce point également, que prendre à d’autres leurs recherches.

De nouveau, M. Grimault emprunte sans mollir à François Dupuy-Pacherand d’autres informations. Ainsi, cet auteur auquel M. Grimault doit tout son enseignement et auquel il ne rend jamais hommage, indique « comment la mesure de l’horizon visible du sommet théorique primitif de la Pyramide (hauteur 146,60 mètres) correspond à une distance de 43.200 mètres sur une ligne méridienne nord-sud passant par le centre de l’édifice. Il y a donc une impressionnante correspondance entre cette distance mesurée en mètres et les 43.200 secondes qui servent à l’évaluation du "jour solaire moyen" de douze heures » [51].

Nous trouvons encore un emprunt à François Dupuy-Pacherand, sur la distance entre la Terre et le Soleil, qui serait comprise dans la Pyramide de Khéops. Selon cet auteur, en divisant la hauteur de la pyramide en coudées, par le total hauteur plus côté de la base, on obtient un rapport de 0,3888 ; François Dupuy-Pacherand le multiplie par 1000 et constate qu’il est proche de la distance moyenne entre la Terre et le Soleil, « si l’on prend pour unité de mesure la distance moyenne de la Terre à la Lune. Celle-ci est presque équivalente à 384.400 kilomètres (valeur plus précise que les 384.000 kilomètres souvent indiqués par simplification) ; en partant de l’hypothèse indiquée précédemment on obtient alors : 388,8888 * 384.400 = 149.488.888,88 kilomètres » [52].

Enfin, les idées d’une prophétie dans le temps qui serait codée dans la pyramide ne sont pas non plus une nouveauté. L’idée que la pyramide nous avertit des problèmes de notre temps est exprimée par plusieurs auteurs, dont Haberman, Davidson ou Georges Barbarin [53]. M. Grimault ne fait qu’adapter cette idée d’une prophétie aux questionnements ou aux angoisses de ce début de XXIe siècle.

Conclusion

Dès le départ, M. Jacques Grimault se présente comme étant un auteur authentique et original, et dont les « découvertes » ont été faites par lui-même. Mais, comme nous le voyons, son parcours est en réalité marqué d’une part, par des références à des auteurs du XIXe siècle, et d’autre part à la récupération des recherches d’auteurs des années 1920 à 1960. Il pille ainsi sans vergogne le lien entre la « coudée des bâtisseurs », Pi, Phi et le mètre, qu’il prend à Schwaller de Lubicz, au docteur Funck-Hellet et François Dupuy-Pacherand.

C’est encore le cas des rapports aux mesures de la Terre, reprises de l’abbé Moreux, de Tompkins ou de William Fix.

Nous verrons dans une prochaine étude que c’est aussi le cas d’autres idées comme celle de l’Équateur penché, emprunté à Francis Mazières et Jim Allison, sur lequel nous reviendrons, ou l’étude des sites andins reprise notamment à Robert Charroux.

Il semble en réalité que Jacques Grimault a pillé les hypothèses d’autres auteurs et qu’il les recycle à son profit en s’en faisant l’inventeur. Jacques Grimault parle de son savoir comme issu de ses recherches et hérité d’un parent. Nous pensons ici qu’il s’agit plutôt de l’enseignement, qu’il a pillé et dont il s’est arrogé le mérite, notamment de François Dupuy-Pacherand, dont on voit ici un résumé des travaux [54]. De plus, si, comme l’affirme Monsieur Grimault, il a reçu cet enseignement autour de ses quinze ans, il n’a pas beaucoup appris depuis.

Nous rejoignons ainsi les idées avancées par Damien Karbovnik dans sa thèse [55]. Ce dernier indique en effet que les idées défendues par M. Grimault sont déjà en vogue dans les années 1960 [56]. Nous montrons ici qu’elles sont parfois plus anciennes, et que M. Grimault les a tout bonnement pillées et s’en est attribué la paternité.

La relation entre le mètre, la coudée, Pi et Phi, a été proposée par Schwaller de Lubicz et Funck-Hellet dès 1952, et reprise par François Dupuy-Pacherand ; l’idée d’un message dans les pyramides pour le futur a déjà été mis en avant par Georges Barbarin dès 1936. Quant au lien entre ces données et entre ces grands monuments, ils sont une partie des recherches effectuées au sein de l’association Atlantis ou dans les ouvrages attribués à Fulcanelli. M. Grimault pourrait toujours indiquer qu’il n’a pas eu connaissance de ces travaux ; mais, dans ce cas, il n’a pas lu tous les ouvrages sur les pyramides, comme il le prétend, ou alors il ne sait pas ce qui s’écrivait au sein de l’association dont il a été président.

Jacques Grimault, qui veut se faire passer pour un chercheur cartésien, est en réalité un plagiaire. En science, le plagiaire est l’avant-dernier degré du pseudo-scientifique, avant celui de faussaire. Ces plagiats, Jacques Grimault les a essentiellement pris à l’association Atlantis dont il a été le président et dont nous pensons qu’il a siphonné les ressources.

L’ensemble de ces ressources a été employé dans le film La Révélation des pyramides, sorti en 2010. Son auteur nous promet un second épisode ; mais il nous semble que M. Grimault n’a plus rien à dire. Il a utilisé tout ce qu’il a « emprunté » pour ce premier numéro et n’a pas effectué de recherches nouvelles qui puissent permettre un développement supplémentaire. De plus, nous pensons que M. Grimault n’a ni les méthodes ni les moyens de produire quelque chose de plus, car il ne dispose ni des ressources, ni des compétences, notamment linguistiques, pour étudier les sujets qu’il prétend mettre en avant.