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Le dentiste et la moule géante
Article mis en ligne le 5 mars 2011

par Irna

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L’équipe "parallèle" et "interuniversitaire" évoquée dans mon précédent article semble bien décidée
- d’une part à révolutionner le monde de l’archéologie (de Pablito (it), autrement dit le professeur Paolo Debertolis : "Per me il problema è che queste grandi scoperte sono in mano solo agli archeologi che non hanno sufficiente competenza per gestire scoperte di questo tipo, mentre il tutto dovrebbe essere affrontato in maniera interdisciplinare" - "Pour moi le problème est que ces grandes découvertes sont entre les mains des seuls archéologues, qui n’ont pas les compétences nécessaires pour gérer de telles découvertes, alors qu’il faudrait les approcher de manière interdisciplinaire") ;
- d’autre part à apporter à la Fondation de M. Osmanagic le vernis de science qui lui fait cruellement défaut (d’un certain "Kingleo" (it), qui semble s’apprêter à rejoindre le "SB Research Group" : "Penso quindi che il nostro ruolo possa essere quello di "appoggio" tecnico scientifico ( che mi sembra sia mancato sino ad oggi ). Si è scavato sinora con molta buona volontà ma con poche competenze tecniche e scientifiche. [...] Se invece si da l’impressione ( e non solo ) che vi siano dei ricercatori SERI che conducono le ricerche in maniera professionale ...bè, anche quello che si scoprirà sarà visto sotto un’altra luce." - "Je pense que notre rôle pourrait être d’apporter un "support" technique et scientifique (ce qui me semble avoir manqué jusqu’aujourd’hui). A ce jour il a été procédé aux fouilles avec beaucoup de bonne volonté mais peu de compétence technique et scientifique. [...] Si vous donnez l’impression (et pas seulement l’impression) qu’il y a des chercheurs SERIEUX qui mènent les recherches d’une manière professionnelle... eh bien ce qui se découvrira sera vu sous un autre jour").

Malheureusement pour le "SB Research Group" - et pour M. Osmanagic, ces prétentions me paraissent quelque peu surestimées, et, à défaut d’un géologue dans l’équipe, celle-ci ferait bien me semble-t-il de prendre l’habitude de se renseigner un peu avant d’émettre certaines hypothèses. Le professeur Debertolis, alias Pablito, vient en effet de publier sur divers forums un compte-rendu (ici en anglais, là en italien) de la dernière expédition de l’équipe à Visoko, à l’occasion de laquelle ils ont étudié de plus près quelques uns des "mégalithes" découverts dans le tunnel de Ravne. On y apprend que certains de ces "mégalithes" (des blocs de grès dont rien ne prouve qu’ils aient été placés par l’homme dans ce tunnel, puisqu’ils peuvent très bien faire partie du conglomérat de Lasva dans lequel le tunnel est creusé) comporteraient une "rainure", scellée, et ne seraient donc pas des "monolithes" mais des sortes de réceptacles avec un couvercle, que Pablito n’hésite pas à comparer à de gigantesques bivalves [1] :

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On peut certes tout imaginer, et s’interroger comme le fait Pablito sur le "contenu" de cette moule géante... mais il semble que le "SB Research Group" n’ait jamais entendu parler du rasoir d’Ockham : avant d’imaginer une théorie fantastique impliquant une civilisation totalement inconnue cachant "quelque chose" dans des réceptacles en forme de blocs de grès et allant les enterrer au fin fond d’un tunnel, peut-on trouver une explication plus simple - et conforme, par ailleurs, à l’état des connaissances archéologiques et géologiques - à la présence de ces "rainures" ? La réponse est oui, sans aucun doute : on a très probablement affaire ici tout simplement à la trace d’un plan de stratification préservé malgré l’érosion du bloc, comme c’est le cas dans les exemples ci-dessous :

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On trouve même des exemples de ce type de blocs "rainurés" par un plan de stratification parmi les "trouvailles" de la Fondation (qui les interprète bien évidemment comme des artefacts !) :

Un "pied votif" selon Nenad Djurdjevic - A “votive foot”, according to Nenad Djurdjevic
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"Objet en pierre", au premier plan au centre - "Stone Object", centre foreground
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Ah, mais argumente Pablito, la preuve qu’il s’agit bien de réceptacles artificiels est donnée par la présence de ceci sur le "couvercle" :

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Ces "objets", il les interprète comme "de fins tubes métalliques", ayant peut-être servi à "couler" le couvercle en question (puisque pour lui le grès de ces "bivalves" est en fait un matériau artificiel). Je suggère au professeur Debertolis d’aller présenter son hypothèse à n’importe quel congrès ou assemblée de sédimentologues, il est assuré de déclencher un éclat de rire général pour avoir, comme le premier pseudo-scientifique venu, pris de simples concrétions pour des artefacts métalliques...

Saint-André-de-Rosans, France
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Chaco Canyon, Nouveau Mexique
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Zion National Park, Utah
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Zion National Park, Utah
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Zebra Slot Canyon, Escalante, Utah
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Chaco Canyon, Nouveau Mexique
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Chaco Canyon, Nouveau Mexique
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Cape Arago Headland, Oregon
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Escalante, Utah
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Chaco Canyon, Nouveau Mexique
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En tout cas, c’est assez mal parti pour l’équipe "interdisciplinaire et interuniversitaire", formée de gens "sérieux qui mènent les recherches de manière professionnelle", censée apporter l’aide "scientifique et technique" qui manque à la Fondation de M. Osmanagic !


Mise à jour - 6 mars

Mon petit article a provoqué quelque émoi sur un forum (it) fréquenté par le professeur Debertolis. C’est tout d’abord "Kingleo" [2], le probable futur membre du "SB Research Group", qui accuse collectivement les Français d’avoir volé la Joconde :-), oubliant sans doute que celle-ci fut apportée en France par Leonardo lui-même, et vendue par son héritier à François Ier. Plus sérieusement, un autre intervenant mentionne (it) le fait qu’en plus des "tubes métalliques" à la surface du couvercle, le "mégalithe K4" contiendrait un objet métallique rond : "In precedenza nel K4 è stato rilevato con l’ecografia un oggetto metallico rotondo alla testa del megalite". Je suppose qu’il fait ici allusion à ce texte (bs) de la Fondation qui décrit l’utilisation d’un géoradar dans le tunnel de Ravne en avril 2010 ; si c’est le cas, je note que le texte de la Fondation parle bien de radar et non d’échographie - ce ne sont pas tout à fait les mêmes ondes ! et d’autre part qu’il s’agirait du "mégalithe" K2 et non K4. Quoi qu’il en soit, là encore, avant d’envisager la possibilité d’un objet artificiel volontairement enfoui dans le bloc de grès, il aurait fallu commencer par éliminer la possibilité d’une concrétion métallique naturelle : s’il y a des concrétions qui affleurent à la surface du bloc, il n’y a aucune raison pour qu’il n’y en ait pas aussi à l’intérieur ! Quant à la comparaison que fait l’intervenant entre M. Osmanagic et Heinrich Schliemann, je ne suis pas sûre qu’elle soit vraiment flatteuse pour M. Osmanagic :-)