Le "rapport de fouilles" 2006

Article mis en ligne le 13 juin 2007

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Un des reproches faits par les institutions scientifiques de Bosnie à la Fondation de M. Osmanagic est l’absence totale de documentation scientifique sur les "fouilles" réalisées en 2006 (voir par exemple l’opinion sur ce point de l’Académie des Sciences de Bosnie, qui estime que cette absence rend impossible toute évaluation sérieuse du projet) ; M. Osmanagic et son équipe se défendent (par exemple dans ce texte (bs) [1] qui est une réponse au courrier très critique du Ministre de la Culture Gavrilo Grahovac) en expliquant
- que des milliers de photos sont visibles sur le site de la Fondation - vrai, mais des photos et des vidéos n’ont pas grand chose à voir avec un rapport scientifique
- et qu’un rapport de fouilles sur les travaux de 2006 a été publié en février 2007.
Ce "rapport de fouilles", intitulé "Rapport sur le programme de recherches pour l’année 2006", existe effectivement, et peut être téléchargé sur le site (bs) de la Fondation ou ci-dessous. Reste à savoir quel est le contenu réel de ce "rapport".

Rapport de fouilles 2006
Téléchargé le 13 mars 2007

150 000 heures pour 31 pages ?

Notons tout d’abord que sur les 63 pages du rapport, 32 ne contiennent que des photos ou des scans de divers documents ; 31 pages de texte (dont une bonne partie consiste en remerciements, index, liste de destinataires...), c’est peu pour un chantier de cette ampleur, dont M. Osmanagic dit qu’il a représenté 150 000 heures de travail sur 39 sondages différents, occupant, sans parler des volontaires et des scientifiques étrangers, 60 salariés durant la saison 2006.

Après 7 pages de généralités, remerciements et sommaire, on arrive à la page 8, qui résume les évènements de l’année 2005 : "découverte" de la première pyramide par M. Osmanagic, premiers sondages géologiques et conclusions qu’en ont tirées M. Osmanagic et sa géologue attitrée de l’époque Nadija Nukic ; les pages suivantes n’apportent absolument aucun élément nouveau, puisqu’il s’agit d’un vague résumé de ce que j’ai appelé les "preuves préalables" de M. Osmanagic, sondages géologiques, analyses satellite, analyse "géodésique" [2]. Aucun de ces éléments, que j’ai déjà analysés l’année dernière dans cette rubrique, n’offre la moindre valeur en tant que preuve ou même argument scientifique en faveur de l’hypothèse de M. Osmanagic.

3000 kg d’échantillons...

Les pages 12 et 13 résument ce qu’était le projet de recherche pour les premières années, puis la page 14 revient sur les différents forages réalisés en 2005 et 2006 sur Visocica et Pljesevica, dont certains sont allés jusqu’à 200 mètres de profondeur et qui ont donné, nous dit-on, pas moins de "3000 kg" de cailloux qu’il va falloir "analyser". Là intervient un premier exemple d’une méthode qu’on retrouvera souvent dans ce rapport et d’autres documents de la Fondation : un long paragraphe fait la liste de toutes les analyses possibles et imaginables qu’on peut pratiquer, noyant le lecteur profane sous une avalanche de mots scientifiques impressionnants ("analyses minéralo-pétrographiques, sédimentologiques, aux rayons X, thermiques différentielles, thermogravimétriques, ensuite analyses de l’âge par la méthode des isotopes radioactifs du carbone, de l’oxygène, du potassium-argon, du rubidium-strontium, puis micro- et macro- analyses paléontologiques, analyses chimiques, géochimiques et autres analyses, à côté d’analyses physico-mécaniques et géomécaniques...") clairement destinés à donner l’illusion de la scientificité - ce que les scientifiques du Musée de Sarajevo appelaient "jeter de la poudre aux yeux"...

Plans et relevés

On en arrive enfin, à la fin de la page 14, aux fouilles pratiquées en 2006. On attendrait d’un rapport de fouilles qu’il présente un relevé précis des zones fouillées ; voici ce que le "rapport" de la Fondation propose en guise de plan des fouilles :

"Pyramide du Soleil"
"Pyramid of the Sun" - Source
"Pyramide de la Lune"
"Pyramid of the Moon" - Source

Si vous n’avez jamais eu l’occasion de voir un plan de fouilles archéologiques, voici un exemple de plan des fouilles réalisées sur l’oppidum celtique du Mont Vully en Suisse :

Source

et le relevé détaillé d’un secteur :

Source

ou bien le plan des fouilles d’une tuilerie gallo-romaine à Moissey en France :

Source

La comparaison se passe de commentaire... Non seulement ce "rapport" ne contient aucun relevé d’aucune partie des fouilles, mais la Fondation n’en a jamais publié ailleurs.

Des "conclusions scientifiques" murmurées, mais jamais écrites

Pas de relevés, pas de photographies non plus des différents sondages réalisés, seuls quelques uns sont montrés au milieu de photos dont on se demande bien quel peut être leur intérêt dans un travail scientifique, comme celle-ci :

Source

Alors que les légendes des photos des sondages de Visocica (photos 11, 13 et 14) évoquent tantôt des dalles de "brèche" tantôt des dalles de grès, le texte, lui, affirme que les photos montrent qu’on a affaire à "une surface bétonnée". Quelles preuves, quels arguments scientifiques le "rapport" présente-t-il en faveur de cette hypothèse de gigantesques dalles de béton ? Je cite :


"A peine arrivé de son voyage, le Dr Barakat s’est rendu à l’aube du 28 avril 2006, en compagnie du Professeur Muris Osmanagic, sur la pyramide du Soleil, et il s’est surtout concentré sur le sondage S-4C. Après avoir observé attentivement sous tous les angles, et tapoté la surface des blocs mégalithiques de brèche avec son petit marteau, il a murmuré doucement : ’Ce sont des blocs de béton coulé, identiques à ceux des pyramides égyptiennes de Gizeh’."

Faudra-t-il appeler le Dr Barakat "l’homme qui murmurait à l’oreille des pseudo-scientifiques" ? En tout cas, les murmures du bon Docteur n’ont jamais été étayés par le moindre écrit ; après avoir passé plus de 40 jours à Visoko en 2006, et alors qu’il est systématiquement utilisé, avec quelques autres, comme caution scientifique par M. Osmanagic, on n’a jamais vu la moindre ébauche de rapport, de conclusions scientifiques, de la plume de M. Barakat [3]. Pourquoi M. Barakat ne met-il pas par écrit ses conclusions scientifiques, au lieu de les murmurer ? ou, s’il l’a fait, pourquoi la Fondation ne les publie-t-elle pas ?

Des semaines de fouille minutieuse...

La page 16, et les photos 16 à 20, sont consacrées à la "pyramide de la Lune" ; on y retrouve, sans plus de preuves et d’argumentation que d’habitude, les mêmes affirmations assenées depuis un an pour tenter de faire passer les phénomènes géologiques de Pljesevica pour des "dallages", "mosaïques", "marches" etc. (voir ici pour l’explication de ces phénomènes). Est mentionnée en passant l’existence d’un mur "sur lequel tous les archéologues et géologues [...] s’accordent pour dire qu’il doit être d’origine humaine". Effectivement, il y a bien sur Pljesevica une structure rectangulaire (voir ici) ; le rapport confirme que "l’archéologue grecque Nancy Gallou a longtemps et soigneusement travaillé" sur cette structure durant les mois d’été 2006, mais le résultat de ce travail n’est nulle part mentionné ! Comment imaginer qu’une archéologue professionnelle ait pu fouiller pendant des semaines cette structure, et qu’il n’y ait rien à publier, pas un rapport, pas un relevé [4], pas même quelques conclusions rapides ? C’est le seul artefact découvert durant toute l’année 2006, et la Fondation n’a rien de plus à en dire ? Soit on a affaire à une totale incompétence, soit les conclusions de l’archéologue en question ne "collaient" pas avec les théories de M. Osmanagic, et l’absence de ses conclusions dans ce "rapport" ne peut que confirmer les soupçons de dissimulation qui pèsent sur la Fondation [5].

Vache sacrée et pied à 10 doigts

Passons sur les déclarations du Professeur égyptien Mohamed Ibrahim Aly, qui, pas plus que son collègue le Dr Barakat, n’a jamais fourni autre chose que de vagues déclarations générales reprises par la presse locale, et nous en arrivons, page 17, au troisième site fouillé en 2006, celui de la colline de Toprakalija près de Vratnica (photos n° 21 à 24). Là encore, le seul "argument" fourni en faveur de l’origine artificielle de la colline est une photo de blocs de grès ; le rapport y ajoute deux photos d’"artefacts" trouvés près du site. Le premier est une "sculpture monumentale" :

Source

dont on nous dit qu’elle représente une vache ; et le "rapport" précise que la vache "était un animal sacré pour tous les peuples païens" et qu’elle l’est encore en Inde. Le deuxième artefact :

Source

représenterait, lui, "un pied humain à deux faces", qui correspondrait à une "chaussure masculine de pointure 45" [6] ; le rapport avance l’hypothèse (appuyée sur l’existence de "doigts de pied" à chaque extrémité garantissant qu’il était impossible de raccourcir ce pied sans qu’on s’en aperçoive) que ce "pied" de grès aurait pu servir d’étalon pour les mesures de distances, et qu’il serait donc l’ancêtre du pied romain, du pied médiéval et de l’actuel pied anglais...

Analyses de laboratoires

Les pages 18 à 21 présentent les résultats de deux analyses d’échantillons de grès et conglomérats pris sur les deux collines de Visocica et Pljesevica. La première analyse mentionnée est celle, déjà largement commentée ici, de l’Institut de Génie Civil (GIT) de Tuzla, et ce rapport continue à faire dire à cette analyse toutes sortes de choses qu’elle ne dit pas. Le seul document fourni est un scan d’une des pages envoyées par le GIT en juillet 2006 en guise de "résultats préliminaires" ; il est donc évident maintenant que le GIT n’a jamais fourni de rapport définitif, et que le seul document sur lequel la Fondation s’appuie est cette série de résultats préliminaires décrits dans cet article. Or, quoi que les ingénieurs du GIT aient pu dire oralement à M. Osmanagic, leurs résultats préliminaires écrits ne montrent ni l’existence de "matériau de construction" ou de "béton de type MB60 qui n’existe pas dans la nature", ni de similitude entre les "matériaux connectifs" des différents sites. On trouve d’ailleurs ici un exemple flagrant de désinformation dans ce rapport à propos de ce "ciment" liant les différents blocs : le rapport affirme que l’analyse en laboratoire (par titrage) montre une proportion de 76,77 % de CaCO3 pour un échantillon de la "pyramide de la Lune", et que "un pourcentage très proche de carbonate de calcium a été trouvé dans les échantillons pris sur la pyramide du Soleil et sur Toprakalija". Or, les chiffres du GIT (publiés sur le site de la Fondation (bs) elle-même) donnent, pour les deux autres analyses réalisées par titrage pour des échantillons de Visocica, des valeurs de 40,36 % et 97,64 % !!!

La deuxième analyse a été réalisée par une société allemande (LGA Bautechnik GmbH). Elle porte d’abord sur les caractéristiques mécaniques de deux échantillons provenant des deux "pyramides" : tous deux offrent des valeurs de résistance à la pression proches, de l’ordre de 49 MN/m2 ou MPa, ce qui, contrairement à ce qu’affirme le rapport de la Fondation, n’a absolument rien d’extraordinaire. Ont également été recherchées les compositions chimiques de 5 échantillons par analyse EDX (ou EDS : Energy Dispersive X-ray Spectroscopy) ; pour une fois, on ne pourra pas accuser la Fondation de rétention d’information, puisqu’elle fournit dans son rapport les spectres issus de cette analyse (figures 25 à 29), il y a juste un petit problème, c’est qu’elle oublie de préciser l’origine des échantillons pour lesquels on n’a qu’un numéro, on ne sait même pas lesquels viennent de Visocica et lesquels de Pljesevica ! On ne sait pas non plus ce qui a été analysé exactement : dans la mesure où on a affaire à des roches détritiques, a-t-on analysé les fragments qui les composent, le ciment qui lie ces fragments, les deux à la fois ? Bref, la publication de ces spectres est encore de la "poudre aux yeux" : tout ce qu’ils nous apprennent, c’est que les 5 échantillons ont une teneur élevée en carbonates, contiennent tous à des degrés divers des traces de fer, et, pour deux d’entre eux (les n° 2 et 5), une proportion plus élevée de silice. Rien qui permette la moindre conclusion d’ordre archéologique.

Dragon à trois têtes et proto-alphabet

Les pages 22 et 23 sont consacrées aux deux tunnels et à leur "reconstruction". On y apprend, au milieu d’informations techniques sur la "reconstruction" des tunnels, que le tunnel dit "KTK" a livré deux "artefacts", un "dragon à trois têtes" :

Source

et une "idole inconnue" :

Source

trouvée d’ailleurs non dans le tunnel mais au bord de la rivière en contrebas de l’ouverture de celui-ci. On s’aperçoit également, à la lecture du paragraphe sur le tunnel de Ravne, que M. Muris Osmanagic, auteur d’une série d’études sur ce tunnel et le mystérieux "proto-alphabet" qu’il est censé contenir, a enfin trouvé le temps de lire la notice de la carte géologique de la région de Visoko, puisqu’au lieu de qualifier le conglomérat miocène dans lequel le tunnel est taillé de "brèche marine", il parle maintenant de "brèche marine/lacustre" - ce qui ne veut pas dire grand-chose, mais est déjà un peu plus conforme à la réalité géologique, puisque ce conglomérat s’est effectivement déposé en milieu lacustre, voir ici.

Le "proto-alphabet de Visoko" n’est bien sûr pas oublié dans ce "rapport", avec la liste de 51 signes prétendument identifiés par M. Osmanagic père sur un "mégalithe". On peut remarquer cependant que, pas plus que dans les documents précédents sur le sujet, la Fondation ne daigne nous montrer les photographies de ces 51 symboles : nous avons toujours droit à la même "vue artistique" du mégalithe et des symboles dessinée par M. Osmanagic père (figure 37), et aux mêmes éternelles photos sur lesquelles apparaissent les mêmes deux ou trois symboles. Que la Fondation n’ait toujours pas trouvé le temps ou les moyens, depuis un an que ce "mégalithe" a été découvert, de faire faire des photos de chacun des symboles, voilà qui en dit long, soit sur l’incompétence de l’équipe, soit sur la réalité de leur existence...

Ce qui n’empêche pas le rapport de proposer une interprétation grâce à l’inestimable apport de M. Paulo Stekel, "chercheur indépendant" brésilien. M. Stekel est un écrivain, et spécialiste auto-proclamé de "hiérolinguistique", discipline consacrée à "l’étude des langages sacrés" dont il est l’inventeur - et unique pratiquant. Il est également l’auteur d’un des multiples déchiffrements des tablettes de Glozel (fr) [7]. L’interprétation conjointe de MM. Stekel et Osmanagic père, qui veut faire du "proto-alphabet de Visoko" l’ancêtre de "l’alphabet de Glozel" comme de tous les alphabets "européens et mondiaux", n’aurait besoin que de deux petites choses pour qu’on puisse lui prêter un début de validité :
- que l’existence du "proto-alphabet de Visoko" ait une quelconque réalité
- et que l’âge et l’origine des inscriptions de Glozel ne soient pas si douteux...

Encore un peu de poudre aux yeux

La dernière partie du "rapport" sur l’année 2006, de la page 26 à la page 29 (les pages 30 et 31 ne comportant qu’un résumé des projets pour l’année suivante et la liste des destinataires du "rapport"), est un sommet dans l’art d’épater le profane. Elle est consacrée à des séries de mesures, sismométriques par une équipe de la Faculté des Mines et de Géologie de Belgrade, géoradar par la société allemande LGA Bautechnik GmbH déjà citée plus haut. Dans les deux cas, l’essentiel du texte consiste en détails et précisions techniques sans grand intérêt sur les modalités de l’étude (surfaces couvertes, nombre de jours de recherche, temps qu’il faisait ces jours-là, nombre de techniciens à l’oeuvre, nombre de points de mesure...). Les documents fournis sont en grande partie des photos prises par M. Muris Osmanagic pendant l’étude sur le terrain qui ne peuvent rien nous apprendre ; les seuls documents émanant de LGA Bautechnik proviennent d’un rapport préliminaire et sont donnés sans aucun commentaire des auteurs du rapport. Un radargramme ou des mesures sismométriques de réfraction sont absolument incompréhensibles pour le commun des mortels : ils n’ont d’intérêt qu’analysés et interprétés par des spécialistes. Or la Fondation n’a jamais publié les rapports, ni des spécialistes serbes ni des spécialistes allemands. Quel est l’intérêt de publier ces documents, non interprétés, dans ce "rapport de fouilles", à part impressionner les lecteurs profanes, à commencer par les nombreux hommes politiques et journalistes à qui ce rapport a été envoyé ?

Dans "l’étude" de 60 pages (bs) envoyée en "réponse" au Ministre de la Culture suite à son refus d’autoriser les fouilles sur Visocica, l’étude allemande est à nouveau mentionnée [8], et les scans de 4 pages du rapport sont fournis : trois consistent à nouveau en photos sans commentaire, la dernière est une conclusion très générale sur l’existence "d’inhomogénéités" souterraines, qui ont permis, pour certaines zones qui pouvaient pourtant "paraître intéressantes" pour des fouilles, de conclure, en l’absence de ces inhomogénéités, à l’absence d’utilité des fouilles, et de sélectionner les zones où les anomalies présentes pourraient rendre les fouilles intéressantes - mais la Fondation ne fournit pas de carte de ces zones. C’est tout ce qu’on apprendra de ces coûteuses [9] investigations : que les trois zones étudiées, Visocica, Pljesevica et Vratnica, présentent des "anomalies" et "inhomogénéités". Rappelons qu’il peut exister toutes sortes d’anomalies et inhomogénéités naturelles (liées à des failles, des joints de stratification, des variations de composition de la roche, des cavités naturelles...), et que les techniques géophysiques, si elles peuvent être une aide précieuse à la prospection archéologique et à l’étude de structures enfouies, ne peuvent pas fournir à elles seules de preuves de l’existence d’une structure.

Vérification internationale

Enfin, pour conclure avec éclat ce "rapport" qui est tout sauf un rapport de fouilles, la Fondation n’a rien trouvé de plus définitif que ce document :

Source

pompeusement intitulé "vérification internationale"...


Rapport de fouilles 2006
Téléchargé le 13 mars 2007
Réponse de la Fondation au ministre Grahovac
Téléchargé le 8 juin 2007
Notes :

[1De nombreux documents ayant disparu du site de la Fondation - sans qu’on sache s’il s’agit d’une volonté délibérée ou d’une simple erreur du webmestre - j’en mets une copie à la disposition du lecteur à la suite de l’article.

[2Avec d’ailleurs une approximation assez drôle de vocabulaire, puisque la notion "d’imagerie" est rendue par "imaginacija" : tous mes dictionnaires de bosnien confirment que cela ne peut se traduire que par "imagination" ; l’imagination géodésique, le lapsus est plutôt révélateur !

[3Il n’a jamais non plus, il est vrai, démenti en quoi que ce soit ce que lui fait dire l’équipe de M. Osmanagic ; l’attitude de ce scientifique égyptien, de même que celle de quelques uns de ses collègues comme le Professeur Ibrahim Aly ou le Professeur Andretta, est assez curieuse : d’une part ils semblent totalement soutenir le projet de la Fondation (voir par exemple cet article (bs) d’un journaliste égyptien), mais d’autre part aucun n’a jamais écrit le moindre fragment de texte scientifique appuyant les hypothèses sur lesquelles est construit ce projet. Peur de compromettre définitivement leur réputation de scientifiques auprès de leurs collègues ? ou absence totale d’arguments scientifiques à mettre par écrit, leur soutien à M. Osmanagic étant plutôt d’ordre "politique" ?

[4Pourtant, un peu plus loin dans le même rapport, il est bien confirmé que Mme Gallou procède à un travail sérieux, avec journal quotidien et relevés...

[5Voire de destruction d’éléments archéologiques "non conformes" aux théories de M. Osmanagic, comme dans le cas des squelettes trouvés en 2005 sur Visocica et qui ont été "perdus" par la Fondation (en)...

[6Cette découverte est l’occasion d’une formidable avancée en anthropologie scientifique : la largeur de ce pied étant de 9 cm, l’équipe de la Fondation dit avoir mesuré la largeur des pieds d’habitants de Sarajevo, hommes et femmes, et avoir trouvé la même largeur de 9 cm ; ce qui lui permet de déduire que la taille des pieds des habitants de ce qui est aujourd’hui la Bosnie n’a pas changé depuis l’époque glaciaire...

[7Rappelons que les symboles, vaguement phéniciens, découverts à Glozel ont fait l’objet de multiples interprétations et déchiffrements, tous aussi définitifs les uns que les autres, et qui les rattachent tantôt au basque, au chaldéen, au berbère, à l’hébreu, au turc... Voir par exemple une liste de traductions des années 1920-1930 (fr), des années 70-90 (fr), des années 2000 (fr)...

[8Avec la précision que cette étude étant en anglais, seules 4 pages ont pu être traduites en bosnien à l’usage des "scientifiques qui ne comprennent pas l’anglais"... J’ai rarement vu plus mauvais prétexte !

[9La Fondation dit avoir payé 50 000 KM (marks convertibles) pour ces études - il est d’autant plus étonnant qu’elle n’ait pas trouvé les 200 ou 300 euros nécessaires à une datation des squelettes trouvés sur Visocica avant leur mystérieuse disparition !


Forum
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Le "rapport de fouilles" 2006
jerome - le 21 juin 2007

Bonsoir ,
je trouve votre site et vos réflexions passionnantes : je lis le site seulement depuis qq jours.
Une chose qui me tiens à coeur : aussi fantasque soit il , Osmanagic a donné à sa région une raison d ’ espérer . Je connais - et j ’ ai parcouru , ho combien - le pays depuis très longtemps , et les dégats faits par le communisme , puis les guerres internes .
Alors les dégats ( ? ) faits par notre amateur d ’ astro-archéologie me paraissent bien minces en regard des avantages ... Les " bons " scientifiques ont l ’ air malin de le critiquer : rien n ’ a jamais été fait dans cette région d ’ Europe pour la préservation historique ! Laissons le donc gratouiller ses collines , et , qui sait , s ’ il avait raison ???
Je précise que j ’ ai fait la connaissance du pays au bon temps de Tito , avec un flic dans ma cabine , outillé de sa kalachnikov de rigueur à l ’ époque , mais trop content de m ’ accompagner : mes petits " cadeaux " lui permettaient de donner à bouffer à sa petite famille , mais ne l ’ autorisaient pas à me laisser promener ou je voulais !
Alors laissons donc faire l ’ américano-bosnien : en dehors de lui c ’ est ZERO !!!
Bonne soirée
Jérome

Le "rapport de fouilles" 2006
Irna - le 23 juin 2007

Bonsoir Jérôme,

merci pour votre commentaire. J’ai moi aussi parcouru le pays il y a longtemps, mais sans doute pas dans les mêmes conditions que vous car mon impression est loin d’être aussi négative :-). Je ne suis d’ailleurs pas vraiment d’accord avec votre idée que "rien n’avait jamais été fait" pour l’archéologie : il est vrai que depuis la guerre la situation est catastrophique - et pas seulement dans ce domaine malheureusement, par contre à l’époque de la Yougoslavie, quels que soient par ailleurs les défauts du régime, il existait en République de Bosnie une importante et active école d’archéologie, et des moyens pour l’archéologie.

Par ailleurs aujourd’hui, dix ans après la guerre, la priorité est encore, malheureusement, à la reconstruction et à la sauvegarde d’un patrimoine qui a terriblement souffert. Pour cela, la Bosnie a besoin de vrais scientifiques, compétents, et capables de s’abstraire des enjeux et pressions nationalistes qui ne manquent pas dans ce domaine. C’est une des raisons pour lesquelles je considère personnellement que le projet de M. Osmanagic est nocif : il détourne l’attention des besoins réels en matière d’archéologie, encourage la diffusion d’idées pseudo-scientifiques, excite par un discours populiste l’anti-intellectualisme et la haine de ce qu’il appelle la "science officielle" (allez voir par exemple les "lettres de soutien" que la Fondation publie quotidiennement sur son site depuis quelques jours, ou les réactions sur divers forums, elles sont édifiantes)...

Je ne suis pas si sûre que les dégâts commis soient si minces que cela. Bien sûr, rien à voir avec les destructions liées à la guerre et au saccage volontaire du patrimoine auquel elle a donné lieu ; mais il me semble que M. Osmanagic est en train d’ajouter à ces destructions, à la fois, comme dit plus haut, par l’impact de son projet sur l’opinion et l’état de la science et de l’enseignement dans le pays, et par des destructions directes de vestiges archéologiques qui ne "collent" pas à ses hypothèses, dont le meilleur exemple est la disparition pure et simple des squelettes trouvés sur Visocica.

Qu’il ait donné une raison d’espérer aux habitants de Visoko, c’est possible, mais pour combien de temps ? peut-on baser un espoir de développement durable sur un mensonge, sur une fantaisie pseudo-archéologique qui peut très vite retomber comme un soufflé ? Je dois avouer que je suis très sceptique sur les retombées positives réelles de cette affaire, j’ai bien peur que les retombées très négatives ne l’emportent !

Irna

Le "rapport de fouilles" 2006
jerome - le 28 juin 2007

Je reviens sur les ennuis actuels d ’ Osmanagic avec les autorités : outre le fait que son
gratouillage de collines désertes ne me gene guère - voir mon post précédent - je suis
surpris , quoique à vrai dire pas vraiment ... par les manifestations d ’ hostilité et meme
de haine à l ’ encontre de son doux reve de dingue ...
Car enfin , de deux choses l ’ une : ou il a tort , et n ’ aura fait que du gratouillage
de mamelon rocheux attirant les gogos et les touristes ???
Ou il a raison , et alors ...? En quoi et pourquoi le reveur Bosniaque attise-t-il autant les
passions ? Je ne comprend pas qu ’ une pyramide avérée dans cette région du globe puisse
réveiller de telles vindictes de la part des autorités intellectuelles . Auraient-elles peur ,
ces autorités , de voir leurs dogmes déboulonnés ? C ’ est ça qui me gene , dans cette histoire
Le fait qu ’ Osmanagic " abime " des vestiges minables et totalement ignorés depuis des lustres
est une bien piètre excuse ... il faudrait trouver autre chose ! Ceci dit , je suis impatient
de lire vos commentaires sur les derniers événements la-bas ; vous vous faites un peu rare ,
ces temps-ci ...
Bonne soirée
Jérome

Le "rapport de fouilles" 2006
Irna - le 29 juin 2007

Bonsoir Jérôme,
disons que j’ai bien d’autres occupations prenantes dans ma vie, et que je ne me consacre aux "pyramides" que lorsque j’ai un peu de temps libre :-).

Je ne sais pas où vous prenez vos infos sur l’affaire, mais je ne crois vraiment pas, d’après ce que j’ai pu lire, qu’il y ait une telle "haine", "vindicte" ou "passion" contre Osmanagic en Bosnie. Celui-ci est globalement très soutenu par l’ensemble de la classe politique, et par des universitaires très liés au pouvoir et à son père. Les seuls opposants véritables à Osmanagic sur place sont une poignée de scientifiques, archéologues et géologues, très longtemps isolés et qui n’ont que très récemment reçu le soutien du Ministre de la Culture Grahovac. Ces opposants ont sans doute commis des maladresses - ils ne sont pas aussi bons communicateurs qu’Osmanagic - mais ils payent très cher leur position puisqu’ils sont devenus les "bêtes noires" de toute une partie de la population. Lisez (si vous comprenez le bosnien) les messages de forums ou les articles de la presse de bas étage sur Grahovac ou Mme Vejzagic-Kujundzic, ça fait peur. Là se trouvent véritablement la vindicte voire la haine, et remarquez par exemple comment les partisans de M. Osmanagic prennent systématiquement soin de mentionner le fait que M. Grahovac est serbe ! Depuis le début M. Osmanagic joue très habilement d’un discours populiste anti-élite et anti-intellectuel - et discrètement nationaliste ; il ne répond jamais sur les argumentations scientifiques de ses adversaires - il est vrai qu’il aurait un peu de mal - mais reprend systématiquement cette rhétorique des "scientifiques de cabinet" ("foteljasi") qui s’opposeraient à lui uniquement par peur - rhétorique sous-jacente à votre propre message ci-dessus.

Quant au fait que le projet d’Osmanagic serait inoffensif et qu’il faudrait donc le laisser faire, je serais d’accord si il ne faisait effectivement que "gratouiller" des collines et si il le faisait uniquement sur fonds privés. Le projet ne serait pas moins frauduleux pour autant, mais après tout il y a bien d’autres charlatans, ça ne me gênait pas par exemple que Von Daniken ait son "parc". Par contre dans le cas d’Osmanagic j’y vois deux gros inconvénients déjà évoqués plus haut :
- le projet détourne des ressources publiques déjà faibles alors qu’il y a de véritables urgences en terme de patrimoine en voie de destruction totale ;
- les fouilles se font dans une région d’une très grande richesse archéologique qu’elles menacent par leur manque total de professionalisme et l’obsession des pyramides de leur promoteur. Encore une fois, ce que vous dites des "vestiges minables ignorés depuis des lustres" pourrait venir tout droit de la bouche de M. Osmanagic qui a tout intérêt, pour des raisons évidentes, à minorer et le travail des vrais archéologues et la situation réelle du patrimoine autour de Visoko.

Ce qui est vraiment dommage, c’est que M. Osmanagic a quand même révélé une vraie merveille, mais géologique : concrétions sphériques géantes comme il y en a peu dans le monde, gamme extraordinaire de phénomènes sédimentaires... Il y aurait là de quoi faire un parc naturel et scientifique, qui prolongerait les tentatives de mise en valeur du patrimoine naturel de Bosnie. Un pays comme la Nouvelle-Zélande en fait l’expérience avec l’attrait touristique pour les Moeraki Boulders. Mais pour ça, il faudrait que M. Osmanagic accepte de renoncer à faire de ces phénomènes des éléments de sa chimère pseudo-archéologique...

Quant à la richesse archéologique réelle de la Bosnie, le seul point positif que je vois dans toute cette histoire c’est le regain d’intérêt pour cette richesse : par exemple chaque découverte archéologique, comme celle d’Hutovo Blato, est dorénavant publiée dans la presse, commentée sur les forums... ce qui n’était pas le cas avant. Si cela amène les autorités du pays à consacrer un peu plus de moyens à la recherche archéologique et à la mise en valeur du patrimoine, tant mieux, M. Osmanagic aura au moins servi à ça ! Mais encore faut-il que ces autorités fassent la distinction entre archéologie et pseudo-archéologie, ce qui n’est pas gagné.

Cordialement, Irna

PS J’espère avoir le temps, durant l’été, de consacrer un article aux richesses archéologiques réelles de la région de Visoko et plus largement de la Bosnie. En attendant, vous pouvez toujours aller voir cet article en anglais sur le blog de Stultitia : http://apwr-central.blog.com/1273811/

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