Quel âge ?

Article mis en ligne le 30 juin 2006

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Si la taille de la pyramide est quelque peu "élastique", son âge l’est semble-t-il encore plus ! Dans cet article (en) (voir "The figures really don’t add up"), Alun Salt relève les multiples contradictions de M. Osmanagic, qui prétend tantôt que la pyramide de Bosnie est postérieure aux pyramides égyptiennes et mexicaines, tantôt qu’elle leur est largement antérieure (elle serait "la mère de toutes les pyramides"). Les déclarations émanant de membres de la Fondation sont extrêmement variées sur ce sujet : généralement, les scientifiques restent prudents, et veulent attendre que les fouilles soient plus avancées pour se prononcer ; M. Osmanagic, lui, multiplie les affirmations péremptoires - et contradictoires. Cependant, le chiffre qui revient le plus souvent, soit comme limite basse soit comme limite haute, est celui de 12 000 ans.

La prudence des scientifiques est plus que justifiée en l’état actuel des choses ! La datation d’un monument lors d’une fouille repose principalement sur :
- les documents historiques (pour l’Antiquité) : pour la "pyramide" de Bosnie, aucun document n’en a jamais fait mention ;
- la stratigraphie, c’est-à-dire l’étude très précise des différentes couches de sédiments qui reposent sur l’objet étudié ou l’environnent : dans le cas qui nous occupe, les photos du chantier disponibles sur le site officiel comme sur les nombreux forums ne semblent pas montrer une étude soigneuse des stratigraphies ; les couches superficielles, celles qui recouvrent les blocs censés appartenir à la pyramide, semblent purement et simplement retirées à la pelle (voir l’article sur le déroulement des fouilles) ;
- l’étude globale du site et de son environnement : autres artefacts, traces d’habitat, dépotoirs etc. ; ces éléments sont normalement présents en abondance, surtout dans le cas d’un ouvrage monumental dont on peut supposer que sa réalisation s’est étendue sur plusieurs dizaines d’années. Dans le cas de Visocica, pour le moment, aucun élément de ce type n’a été relevé.
- l’étude de la civilisation à l’origine du site et de ses autres réalisations (comparaison des techniques utilisées etc.) ; là encore, la méthode est inapplicable puisque les éventuelles "pyramides" n’ont pu être reliées à aucune civilisation connue.

Il est donc tout à fait normal que les rares archéologues présents sur le chantier soient réticents à avancer une hypothèse pour l’âge des "pyramides" ; ce n’est cependant pas le cas de M. Osmanagic. En fait, celui-ci a une idée clairement préconçue sur leur âge, puisqu’avant toute étude et tout début de fouilles, dès sa première "révélation", il avance déjà une date : la pyramide du Soleil daterait au moins "de la fin du dernier âge glaciaire" (dans son ouvrage "Bosanska piramida sunca" (bs)), la seule justification à cette hypothèse, apparemment, étant l’épaisseur de terre (2,5 m ou plus, dit M. Osmanagic) couvrant la "pyramide" [1]. Fin de l’âge glaciaire, c’est-à-dire environ 12 000 ans, et c’est effectivement ce chiffre qui va revenir systématiquement dans les déclarations de M. Osmanagic, chiffre qui n’est donc déduit d’aucune étude scientifique du site, mais d’une "première impression".

Bien évidemment, cet âge pour les "pyramides" pose un gros problème : 12 000 ans, on est encore dans le paléolithique supérieur (Magdalénien) ; toutes les cultures connues en Europe pour cette époque sont des peuples de chasseurs et cueilleurs, nomades, et qui ne peuvent absolument pas être les constructeurs d’éventuelles pyramides. Non pas par manque de capacités intellectuelles, mais pour deux raisons essentielles :
- une technologie insuffisante, du fait de l’absence d’outils métalliques (les premiers métaux ne font leur apparition que bien plus tard, cuivre il y a environ 6000 ans et bronze il y a environ 4500 ans)
- et surtout une économie, basée sur la chasse et la cueillette, bien incapable de libérer la quantité de main d’oeuvre nécessaire à ce type de travaux monumentaux. Les hommes du paléolithique sont souvent à la limite de la survie, il n’y a pas d’excédents alimentaires capables de nourrir une main d’oeuvre "improductive". Certes ils sont capables de dégager du temps pour des activités intellectuelles et artistiques intenses (penser à Lascaux !), mais on parle là du très grand nombre de personnes nécessaires à la taille et au transport de blocs de plusieurs dizaines de tonnes (estimation par la Fondation du poids de certaines "dalles" de la pyramide du Soleil). L’architecture monumentale n’apparaît et ne peut apparaître au mieux qu’au néolithique, lorsque l’agriculture dégage ces excédents alimentaires qui vont permettre l’apparition des villes et la possibilité pour toute une partie de la population de se consacrer à des tâches non-alimentaires - comme la construction d’une pyramide (voir à ce sujet ce post très complet (en) de Katherine Reece). La construction préhistorique la plus ancienne en Europe, Silbury Hill (en), date d’environ 4500 ans, soit pendant le néolithique.

On comprend alors pourquoi les archéologues ont du mal à prendre au sérieux les déclarations de M. Osmanagic. Mais comment celui-ci justifie-t-il le décalage entre le chiffre qu’il avance et ce qu’on sait de la préhistoire de l’Europe ? La clé est dans ses différents ouvrages : la pyramide serait construite par une civilisation mystérieuse, extrêmement avancée, bien évidemment directement reliée à d’autres civilisations mystérieuses, au premier rang desquelles celle des Atlantes, pour laquelle d’ailleurs la date de 12 000 ans revient très souvent : faites par exemple une recherche dans le texte de la page "Des civilisations avant le début de l’histoire officielle" (bs) avec "12 000"... Que s’est-il passé il y a 12 000 ans, pour que cette date revienne systématiquement ? On apprend sur cette page (bs) que c’est à cette date qu’a eu lieu un "cataclysme cosmique" (responsable d’après les autres ouvrages de la disparition des Atlantes), et que la hausse de "plusieurs centaines de mètres" du niveau des mers en Europe a effacé toutes les traces de la "super-civilisation" qui a créé les pyramides. Bien pratique pour expliquer l’absence totale de traces (en dehors des "pyramides") laissées par cette civilisation...

Notes :

[1Notons qu’il est impossible de déduire directement l’âge d’un site de l’épaisseur des sédiments qui le recouvrent ; en effet, cette épaisseur dépend avant tout de facteurs géologiques (nature du terrain), topographiques (site situé en bas d’une pente ou non) et surtout climatiques. On connaît par exemple dans le bassin parisien des sites gallo-romains enfouis sous une dizaine de mètres de limons ; à l’inverse, en climat désertique, la sédimentation peut être quasi-nulle.


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