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Quelques précisions en réponse au professeur Debertolis
Article mis en ligne le 3 juillet 2014

par Irna

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Mon attention a été attirée par un lecteur sur ce texte, écrit par le professeur Paolo Debertolis le 11 juin, qui vise à « répondre officiellement aux attaques » contre son groupe de recherche (SB Research Group). Ce texte, qui contient quelques contre-vérités, nécessite de ma part quelques observations.

In this case we are speaking about Irna’s web site which claims to tell readers the truth about Bosnian Pyramids.

Je ne sais pas où le professeur Debertolis a vu que je prétendais « dire la vérité » sur les « pyramides » de Bosnie. Tout l’objet de ce site, depuis 2006, est d’interroger la documentation fournie par la Fondation des pyramides : je ne cherche pas à affirmer, mais à montrer que les soi-disant preuves scientifiques avancées par la Fondation n’en sont pas, qu’aucune de ces « preuves » ne peut passer le cap d’une lecture critique basique.

The readers should know that this anonymous blogger, Irna, gives the illusion of being an academic archaeologist.

Là encore, je ne sais pas d’où le professeur tire cette idée : je n’ai jamais prétendu être archéologue, j’ai au contraire toujours pris soin de rectifier lorsque la supposition était faite.

Although she graduated in geology

J’ai également toujours précisé avoir une formation de géomorphologue, pas de géologue.

Her knowledge is obtained purely from the Internet, something recognised by the editor in the only journalistic report she published on the French review Balkanologie at the point n.4 of the “Texte intégrale” of the article

Balkanologie est un journal scientifique à comité de lecture. C’est moi-même qui ai écrit le texte de présentation : « Cet article n’a pas prétention à être un article de recherche. L’auteur, géomorphologue et agrégée de Géographie, s’intéresse en amateur à l’histoire et l’archéologie des Balkans. C’est également en amateur qu’elle s’est penchée sur l’affaire des “pyramides” de Bosnie, et y consacre depuis 2006 un site critique (https://irna.fr), où divers aspects évoqués dans l’article sont exposés plus en détails. Sa connaissance de l’affaire repose pour l’essentiel sur le matériau publié sur internet depuis 2006, ainsi que sur quelques contacts personnels avec certains des protagonistes. Ce texte n’a donc ni prétention à l’exhaustivité, ni prétention à une quelconque expertise. »

Ma position a toujours été très claire là-dessus : je ne recours pas à l’argument d’autorité, l’analyse critique que je fais des documents produits par la Fondation et ses satellites est à la portée de toute personne disposant d’un bagage scientifique minimal.

(in French language “agrégée de Géographie” is teacher of geography at school)

Le professeur Debertolis devrait un peu mieux se renseigner sur ce qu’est l’agrégation en France.

However her knowledge of Bosnia language and affairs is because she is of Bosnian origin.

On ne peut plus faux. M. Debertolis fait des suppositions hasardeuses basées sur des prémisses insuffisantes, attitude quelque peu risquée en sciences...

The reason for all her attacks against our group of research (SBRG) is unclear, however more recently she promotes the sale of her e-book for €10.45 in which she argues the Bosnian pyramids are only a pseudo-archaeology affair.

Le livre en question, Les pyramides de Bosnie, était un livre papier - mais aussi un e-book depuis 2015 (« Book-e-book » est le nom de l’éditeur). Il est publié dans une collection (« Une chandelle dans les ténèbres ») dirigée par le professeur Henri Broch de l’Université de Nice Sophia Antipolis. C’est donc tout sauf une autopublication...

We have also researched in other European countries, in particular England, Italy, Croatia, Malta, Serbia and Macedonia, but Irna has no interest in our research here. She is interested only in our Bosnian activity.

Tout à fait vrai : les recherches du groupe SBRG en Italie, Angleterre ou ailleurs ne m’intéressent absolument pas dans le cadre de ce blog. Il est consacré aux « pyramides » de Bosnie et quelques autres cas de « pyramidomanie », pas à l’archéologie en général, ni à l’archéoacoustique, ni à aucun des sujets qui pourraient un jour entrer dans le cadre de l’activité du SBRG. Seule l’activité bosnienne du SBRG a fait l’objet d’une analyse, montrant un inquiétant manque de rigueur scientifique dans l’approche du professeur Debertolis et de ses collègues.

Because she cannot refute our academic titles, she began to discuss about the validity of archaeaoacoustic methods in archaeology

Non, ce n’est pas la validité des méthodes de l’archéoacoustique en soi que je remets en question, voici ce que j’écrivais ici : « L’archéoacoustique - à bien distinguer de l’ethnologie musicale ou archéologie musicale - est une discipline relativement récente, au carrefour de plusieurs champs scientifiques ; elle s’intéresse à l’étude des propriétés sonores des sites ou des artefacts archéologiques. Une des difficultés majeures de la discipline est d’arriver à établir l’intention des constructeurs : on peut identifier les propriétés acoustiques d’un site ou d’un artefact, mais il est généralement très difficile de déterminer si ces propriétés sont le résultat d’une volonté, ou celui du hasard - bien des grottes par exemple ont des propriétés acoustiques très particulières, sans que l’homme y soit pour rien. C’est donc un domaine où se cotoient le pire et le meilleur ».

Je signale donc le risque, bien connu des archéologues professionnels, de « dérives » de l’archéoacoustique, c’est-à-dire d’interprétation abusive de phénomènes observés. La pire de ces dérives me paraît, comme je l’ai montré dans cet article, être la tentation, à laquelle cède le professeur Debertolis, de « mettre la charrue avant les boeufs », en l’occurence de décider qu’un site est archéologique parce qu’il y trouve des éléments acoustiques intéressants, et ainsi d’inventer un monastère médiéval là où il n’y en a jamais eu, ou d’attribuer un tunnel de mine probablement récent au Néolithique sans arguments archéologiques, uniquement parce qu’il observe dans ces lieux des infrasons ou des résonances ressemblant à ce qu’on peut trouver dans d’autres lieux.

On en vient maintenant à la question des conférences virtuelles auxquelles a participé le professeur Debertolis, et des journaux dans lesquels il a publié ses articles :

after a peer-review mechanism of selection

Le professeur Debertolis ayant lui-même fourni des avis des relecteurs pour deux de ses articles, ici et , le lecteur peut facilement se faire une idée de la qualité de cette relecture et du niveau d’exigence des comités de lecture de ces conférences virtuelles.

The last article produced by Irna attacks this conference and at the same time reveals her low scientific knowledge and lack of understanding as to how the academic world works.

Il s’agit de cet article, dans lequel j’ai relevé, en plus du faible contenu des avis des relecteurs et de l’absence totale d’archéologues et d’acousticiens dans les comités de lecture, quelques curiosités concernant aussi bien ces conférences que l’éditeur des actes de ces conférences (ainsi que de quelques journaux scientifiques), Sci-Pub. Les éléments relevés à l’époque étaient suffisamment troublants pour que Sci-Pub soit inclus dans la liste maintenue par Jeffrey Beall des « éditeurs prédateurs » (predatory publishers), sans que j’y sois pour rien !

Il semble que Sci-Pub ait depuis été retiré de la liste noire de Jeffrey Beall ; par contre, l’éditeur d’un autre article du professeur Debertolis, David Publishing, figure toujours sur cette liste noire, et a même l’honneur d’un article à part entière sur le site de Jeffrey Beall [1]...

One only has to ask, what is real Irna’s motivation in discrediting all our research carried out in Bosnia ?

Ce que je constate c’est que, comme il est usuel chez les partisans des « pyramides » de Bosnie, le professeur Debertolis s’interroge sur mon identité et mes motivations, mais n’a jamais essayé de répondre aux questions légitimes que je pose depuis des années :

- Comment se fait-il que son groupe SBRG, présenté comme un « projet universitaire » « soutenu par l’Université de Trieste », n’apparaisse nulle part en tant que tel sur le site de son université ?

- Comment justifie-t-il, sur son CV sur le site de l’Université de Trieste, cette phrase :

Dental Archaeology has become prof. Debertolis’ main field of research. [...] At present he is studying archaeological finds of the Visoko Civilization who built the Bosnian pyramids, re-discovered in 2005 in Bosnia-Hercegovina. Necropolis are emerging besides the pyramids, and their study is drastically changing the traditional historic framework of the Neolithic Era in those regions.

alors qu’aucun reste humain n’a été trouvé sur, sous ou autour des « pyramides » qui aurait pu lui permettre d’exercer sa spécialité d’archéologie dentaire ?

- Pourquoi continue-t-il à parler de « pyramides de Bosnie » et d’une « civilisation de Visoko ayant construit les pyramides », et à refuser l’idée que le projet de M. Osmanagic est un projet pseudo-archéologique, quand sa propre géologue écrit dans le rapport fait à sa demande : « La soi-disant Pyramide du Soleil est le résultat de la sédimentation continentale clastique terrigène du Miocène pour ce qui concerne les matériaux qui la constituent et leur stratification ; la forme de la colline, l’inclinaison des couches et leur dislocation, ainsi que la fissuration qui confère aux diverses couches un aspect de pseudo-pavement, sont le résultat du modelé géomorphologique post-Miocène, ainsi que des phénomènes tectoniques locaux et globaux. » ?

- D’ailleurs, pourquoi continue-t-il à dissimuler ce rapport, qu’il n’a jamais rendu public et qui n’est accessible qu’à quelques initiés dans la partie privée de son site ?

- Pourquoi n’a-t-il jamais rectifié certaines erreurs flagrantes commises dans quelques uns de ses articles, se contentant d’effacer ces articles sans publier de rectificatif ?

- Quels sont les éléments archéologiques et historiques qui lui permettent d’affirmer que la colline de Visocica est « un site considéré comme sacré depuis des millénaires » et que la forteresse de Visoki était, plutôt qu’une forteresse comme l’affirment les historiens bosniens, un monastère - dont il accuse les archéologues bosniens d’avoir fait disparaître les traces ?

- Etc...

M’attaquer sur mon anonymat, mon supposé manque de qualification, ou mes motivations, ne rendra pas ces questions moins légitimes.