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Réponse à Jacques Grimault

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Réponse à Jacques Grimault
Ningirsu - le 30 juillet 2015

Bonjour,

Je me permets d’apporter une précision (qui va dans votre sens) en ce qui concerne la phrase ""dont j’attire l’attention sur le fait que c’est le mot Ziggurat des Sumériens, et surtout de leurs successeurs" de Grimault. Il y a deux erreurs (qui sont liées) : la première est de faire de ziggurat un mot sumérien, et la seconde, de leur attribuer !

Sur l’étymologie du mot "ziggurat" : il est très communément accepté qu’en effet, ziggurat vient du verbe "zaqāru", construire en hauteur. Pour qualifier la ziggurat en elle-même, on utilise "ziqquratu" (ou "ziqratu" en cas de scribe flemmasse)
Cf. le toujours utile dictionnaire en ligne "akkadian dictionnary" : http://www.assyrianlanguages.org/akkadian/dosearch.php?searchkey=2007&language=id
http://www.assyrianlanguages.org/akkadian/dosearch.php?searchkey=ziqqurratu&language=rawakkadian

Il s’agit d’akkadien, langue sémitique succédant au sumérien au cours du IIIe millénaire av. J.-C., et perdurant jusqu’au Ier millénaire av. J.-C. Une grande partie des peuples (médio et néo -babyloniens et assyriens en tête) vont la parler et l’écrire. Elle utilise le même système d’écriture que le sumérien, le cunéiforme, mais est différente dans sa langue (tout comme l’italien et le français, qui utilisent pourtant le même système d’écriture : l’alphabet latin). C’est une langue très répandue pour les échanges diplomatiques surtout au milieu du IIe millénaire (on en retrouve même en Egypte !), et généralement c’est la langue de cette période là que l’on apprend (en tous cas, dans mon cas !). Le terme de "ziqquratu" apparaît au début du IIe millénaire (ou en tous cas, on n’a pas encore retrouvé de mention plus ancienne) et est donc un terme typiquement akkadien.

Contrairement à ce que dit Grimault, il ne s’agit en aucun cas de sumérien, qui utiliserait d’autres termes pour en parler : É.U(6).NIR ou peut-être GI.GÙ.NA (qui sont des constructions identifiées, qui pourraient - ou non - être de vagues temples sur terrasses). Des temples sur terrasses, on en a depuis la période d’Obeid, mais ce ne sont pas des ziggurats (en fait, c’est très compliqué de définir ce qu’est une ziggurat). Grosso-modo, on est sûrs qu’il y en a à la fin du IIIe millénaire. Quoiqu’il en soit, la ziggurat (apparaissant quelque part à la fin du IIIe millénaire) est une "construction akkadienne" (la langue apparaissant au début du IIIe millénaire), et non pas sumérienne.

Tout ça pour dire : en plus du reste, Grimault confond sumériens et akkadiens, ce qui revient à confondre les celtes et les français du XIXe siècle.

Réponse à Jacques Grimault
Irna - le 30 juillet 2015

Merci beaucoup pour ces précisions, Ningirsu. Y a-t-il finalement UN thème sur lequel Grimault ne fasse pas de confusion ? 40 ans d’études pour en arriver là :)

Réponse à Jacques Grimault
Nali - le 30 juillet 2015

Merci pour ces précisions !
Ça rejoint les informations que j’avais trouvé, mais de manière plus précise que Wikipédia ( petit clin d’œil a M. Grimault :) ).
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Je ne me suis jamais intéressé à la civilisation sumérienne ou akkadienne , mais il m’a semblé en effet qu’il semble considérer la région comme figée dans le temps, voir l’allusion à Babylone qui n’apparait que 10 siècles après les grandes pyramides.
C’est, selon mon avis d’amateur du moins, la même erreur que lorsqu’on prend trop a la lettre les écrits de Diodore de Sicile, Hérodote ou autres.
Si il est certain que leur époque était plus proche de celle des anciens Égyptiens que nous, il n’en reste pas moins que ces braves gens rapportaient des faits survenus quelques 20 ou 25 siècles auparavant !
Je veux bien admettre que la transmission orale était plus développée qu’elle ne l’est actuellement, que des écrits alors disponibles aient disparus depuis, mais reste persuadé que malgré ce handicap les historiens actuels ont une vision beaucoup plus précise de l’histoire en général que ces premiers historiens.
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Pour rappel : Hérodote (484-420 av JC) , Diodore de Sicile (90-30 av JC) Strabon (64 av JC- 25 ap. JC) .
Site de Gizeh : 2600 avant JC environ.
Donc Hérodote lui même a vécu environ 21 siècles après les faits.
C’est comme si de nos jours on basait notre connaissance de l’histoire contemporaine de Jésus Christ en ne se fiant QUE a la parole des moines et des curés.
On peut douter de la fiabilité de la chaine de transmission après tant de temps. Je me souviens avoir lu au sujet d’une expérience menée aux US, qui montrait que après 7 ou 8 personnes le message d’origine était déjà totalement perverti ...
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Un "simple" étudiant en histoire a probablement une vision globale bien plus précise que Hérodote ne l’avait.
Lequel Hérodote n’hésite pas à affirmer que lors d’incendies, les chats en Égypte se jetaient volontairement dans le feu. Et que les Égyptiens formaient un barrage humain autour de l’incendie non pas pour l’éteindre, mais pour empêcher ces braves animaux de s’immoler volontairement :) Voir ici chapitre LXVI.
On est en droit d’avoir un regard critique, on trouve d’autres perles du genre ....
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Ceci dit, je répète que je ne suis qu’un amateur, et reste persuadé que cette transmission orale était plus utilisée et fiable qu’elle ne l’est a notre époque. Ce qui n’empêche pas ses dérives.