Mystérieuses sphères...

Article mis en ligne le 17 août 2006

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Pour en finir avec ce qu’on pourrait appeler les "preuves préalables" sur lesquelles M. Osmanagic s’est appuyé pour proclamer l’existence des "pyramides" avant même le début de toute fouille, restent les mystérieuses "sphères de pierre" (kamene kugle) auxquelles il consacre un chapitre entier de son livre sur "la pyramide du Soleil" (voir l’analyse de cet ouvrage ici). Ces sphères ont été jugées suffisamment importantes par la Fondation pour qu’un "Subcommittee for Prehistoric Stone Spheres", chargé entre autres d’en étudier les "bénéfices énergétiques", figure sur son organigramme (cet organigramme a aujourd’hui disparu du site de la Fondation, mais vous pouvez consulter ici (en) une copie de cette page), comité dont sont responsables les amis de M. Osmanagic, Bojan Zecevic et Ahmed Bosnic (voir aussi, parmi les news en bosniaque de la Fondation, celle du 16 août 2006 (bs) qui relance ce "comité" et liste les localités où les sphères sont présentes).

Que dit de ces sphères M. Osmanagic dans son livre ? Elles existeraient d’après lui dans trois pays au monde : le Costa Rica, le Mexique, et la Bosnie, et seraient donc directement liées aux constructeurs des pyramides de ces trois pays. Pour aller au plus court (voir ici pour plus de détails sur les hypothèses de l’auteur), ces sphères sont des éléments d’un "réseau énergétique mondial" mis en place avec "une précision mathématique" par les Atlantes, et sont donc, de facto, une preuve suffisante de l’existence des pyramides de Bosnie.

Dans son enthousiasme, M. Osmanagic mélange en fait des types de phénomènes différents, naturels et artificiels. Commençons par les sphères du Costa Rica. Celles-ci, d’origine artificielle, commencent à être assez bien connues, et s’il reste bien quelques mystères à leur sujet (entre autres celui de leur but et de leur utilisation), ni leur date, ni leur origine, ni la méthode de fabrication ne posent plus guère problème aux archéologues contrairement à ce qu’avance M. Osmanagic (ainsi d’ailleurs que de nombreux sites pseudo-archéologiques). Pour un article en français sur ces sphères du Costa Rica, vous pouvez vous reporter au texte très détaillé (fr) publié par l’Observatoire Zététique, ainsi qu’aux liens donnés par l’auteur ; j’y ajouterai cet excellent site (en) en anglais.

L’origine des sphères mexicaines semble tout à fait différente. Ces dernières se trouvent dans une région appelée Cerro Piedras Bola près d’Ahualulco del Mercado au Mexique. Leur origine, confirmée par plusieurs études géologiques américaines, est liée au volcanisme de la région. Cette origine volcanique est rejetée par M. Osmanagic, mais sur la base d’une incompréhension totale du phénomène, puisqu’il imagine dans son livre les volcans recrachant directement des sphères brûlantes. En fait, il s’agit de ce que les géologues appellent des sphérolites (ou plutôt, ici, des "mégasphérolites" puisque les sphérolites ont généralement une taille microscopique), "megaspherulites" (en) en anglais, qui se forment par cristallisation de matériel volcanique rhyolithique vitreux après l’éruption et au cours du refroidissement des dépôts, et connues également ailleurs qu’au Mexique (en particulier dans le Colorado, l’Oregon et l’Arizona aux Etats-Unis). Il n’y a malheureusement pas de références sur ces sphérolites géantes en français, mais vous pourrez trouver des explications en anglais ici (en), ainsi qu’un article sur les sphères de Cerro Piedras Bola ici (es) (voir aussi cette galerie de photos).

Enfin, il existe dans de très nombreuses régions du monde des sphères d’un troisième type, et qui sont les plus nombreuses, ce sont les concrétions qu’on peut trouver dans des couches sédimentaires, formées par précipitation, généralement autour d’un noyau (qui peut être un coquillage par exemple), de calcite, silice, dolomite, hématite etc. C’est le même phénomène, par exemple, qui est à l’origine des nodules de silex (formés de silice pure) que l’on trouve souvent à l’intérieur de bancs de craie. Les cas ne sont pas rares de concrétions sphériques géantes de ce type, en voici quelques exemples :

Les "Moeraki boulders" de Nouvelle-Zélande
The "Moeraki boulders" in New Zealand - Source
En train d’émerger de son gisement...
Emerging from its rock bed... - Source
... puis peu à peu détruit par les vagues
... Then slowly destroyed by the waves - Source
Concrétion en "boulet de canon" dans l’Ontario
A "cannon ball" concretion in Ontario - Source
... et dans le Dakota
... and in Dakota - Source

En l’absence de toute étude scientifique sur les sphères de Bosnie, dont on ignore même la composition (la Fondation n’a jamais publié aucune information sur la roche qui les compose), il peut paraître difficile d’affirmer a priori que ces sphères appartiennent à tel ou tel type. Cependant, si l’origine artificielle de ces sphères n’est pas totalement exclue, on peut noter un certain nombre d’éléments qui permettent d’avoir une quasi-certitude sur la thèse des concrétions naturelles :

- On peut observer par exemple la grande ressemblance entre la photo provenant du Dakota et celle d’une des sphères trouvées par M. Bosnic en Bosnie, en particulier les diaclases (fractures) caractéristiques :

Une sphère en Bosnie
A sphere in Bosnia - Source

- L’élément le plus probant en faveur de l’origine naturelle des sphères est cependant cette série de photos publiées par la Fondation elle-même :

Découverte d’une sphère en Bosnie
Discovery of a sphere in Bosnia - Source
Source
Source
Source

où l’on voit parfaitement la sphère en place dans sa "gangue", c’est-à-dire la couche géologique où elle s’est formée, ainsi que l’empreinte une fois la sphère prélevée, exactement comme un fossile laisse son empreinte dans la roche.

Signalons pour finir que M. Osmanagic ne serait pas le premier à se laisser abuser par ces sphères, qui, dans tous les pays, ont donné lieu à bien des légendes - et à bien des interprétations abusives de pseudo-archéologues. Un bel exemple de cas - comme il y en aura d’autres dans cette affaire des "pyramides" - où le recours à des géologues compétents serait pour le moins recommandé !


Dernière minute : Je viens de voir sur le site de la Fondation (bs) qu’une réunion du "Comité directeur" vient de lancer le projet d’un deuxième "parc archéologique" (après celui des "pyramides"), consacré lui aux sphères de pierre de Bosnie. Si l’idée de voir ces sphères étudiées d’un peu plus près n’est pas pour me choquer, au contraire, je note cependant qu’elles sont bien sûr, sans aucun élément scientifique, cataloguées comme objets "archéologiques". Et que le responsable de l’équipe chargée de ce nouveau projet n’est autre que M. Ahmed Bosnic, grand vendeur de talismans, horoscopes, et spécialiste de magie noire... Le même M. Bosnic qui, dans sa présentation du "Comité pour la préhistoire" (voir l’organigramme (en) de la Fondation), ose écrire que "les connaissances officielles sur cette période" (la préhistoire) sont "assez peu sérieuses"... On peut être sûr que l’étude des sphères de pierre de Bosnie sera menée, elle, avec le plus grand sérieux.

P.S. :

Un grand merci au géologue Paul H., dont le post sur les sphères de Bosnie (en) sur The Hall of Ma’at (en) a très largement inspiré ce texte.

Voir ici de nombreux autres exemples de sphères naturelles dans le monde.


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