Rendre Tintin ad hoc
Article mis en ligne le 21 juin 2021

par Laurent Tlacuilo

Au milieu de multiples recommandations classiques nous renvoyant à Berstein et Milza (Histoire du XXe siècle), René Rémond, Marc Bloch et toute une série d’autres auteurs classiques, un de mes professeurs d’histoire répétait régulièrement cette adjonction : « Si vous voulez comprendre le vingtième siècle, lisez Tintin ! »

A côté de références communes, légitimes, voire standardisées ou simplement convenables, les générations plus jeunes d’universitaires ouvrent depuis quelques décennies la recherche au septième, neuvième et désormais dixième art (respectivement le cinéma, la bande dessinée et le jeu vidéo). A titre de sujet d’étude – assez logiquement –, mais également de référence, d’élément de réflexion.

Dans le lot, Tintin, l’œuvre d’Hergé, fait figure de précurseur.
Tintin a acquis il y a déjà longtemps un statut à part, franchissant les portes des études artistiques, des réflexions littéraires, de l’analyse psychanalytique, du politique et de bien d’autres domaines.

Dès les années 1960-1970, Tintin acquiert une sorte de statut universel, susceptible d’être évoqué par de Gaulle « Au fond, vous savez, mon seul rival international, c’est Tintin ! Nous sommes les petits qui ne se laissent pas avoir par les grands. On ne s’en aperçoit pas, à cause de ma taille » (lors d’une conversation avec André Malraux, excusez du peu), de faire réagir l’anthropologue Claude Lévi-Strauss qui déclare « En feuilletant les albums de Tintin, j’ai toujours été frappé par l’illustration. Elle sait être claire et lisible sans tomber dans la vulgarité. S’agissant d’objets exotiques, l’ethnologue ne saurait manquer d’être sensible au souci certain et au respect du document », d’attiser la curiosité autour de son auteur avec un entretien fleuve entre Hergé et Numa Sadoul (constamment réédité depuis) ou de susciter toute une série de travaux critiques et d’analyse.

L’œuvre, le personnage lui-même sont devenus un champ d’études à part entière et ses spécialistes – amateurs, passionnés, obsessionnels – y ont acquis un nom : « tintinophiles » ; les professionnels, « tintinologues ».

Panel de publications consacrées à Tintin

Bande de pirates

Les aventures de Tintin, avec ses 23 albums et un inachevé (Tintin et l’Alph-Art), est l’œuvre centrale de Georges Remi qui signe de son nom d’auteur Hergé. Ses planches comptent également Quick et Flupke, ou encore Jo, Zette et Jocko.

Au sein de la bande dessinée, Tintin fait figure de monument, un incontournable de la BD franco-belge, et la pièce maîtresse du style dit de la « ligne claire ». Quand on pense au 9e art, c’est le premier nom qui s’impose.

90 ans après la création du personnage et bientôt 40 ans après la mort de Georges Remi, Tintin n’est pas passé de mode. Au contraire, la publication dans la presse de numéros spéciaux consacrés à Tintin ou à son créateur sont à coup sûr l’assurance de ventes à la hausse (Géo, Historia, L’Express, Le Monde,…) ; en 2016-2017, le Grand Palais proposait une exposition magistrale autour d’Hergé ; sur YouTube, MrMeeea ou The Reg reviennent sur des adaptations du reporter à la houppette ; les publications de tintinologues ne faiblissent pas (par exemple Brassens et Tintin en 2020, ou prochainement Hergé et la presse – les deux publiés par Les impressions nouvelles, maison d’édition qui propose un large panel de publications sur Hergé et son travail) ; les détournements de cases fleurissent sur les réseaux sociaux ; l’usage du personnage dans des œuvres parallèles continue de réveiller les foudres de la société Moulinsart (gérée par la seconde épouse d’Hergé, Fanny Vlamynck, et son compagnon Nick Rodwell) et l’information de faire les gros titres de la presse.

Ainsi, Baudoin de Duve auteur d’un apocryphe Tintin en Thaïlande (1999) a été poursuivi pour faux avant que la parodie ne soit reconnue. En 2019, Pascal Somon était condamné à dix mois avec sursis pour contrefaçon, tandis qu’en 2021, Xavier Marabout parvenait à faire reconnaître une exception de parodie pour ses fusions de l’univers d’Hergé avec celui d’Edward Hopper.

Le public est toujours au rendez-vous, tintinophiles des premières heures ou nouvelles générations à qui l’on a mis entre les mains Tintin, Milou, le capitaine Haddock, les Dupondt, Tournesol et la troupe des personnages présents au fil des différents albums. A ce jour, on compte plus de 400 ouvrages consacrés à Tintin.

Tintin en Thaïlande par Baudoin de Duve
Travatia Hôtel de la série Hergé-Hopper par Xavier Marabout

Un tel engouement autour de la bande dessinée, et une telle frénésie de publication ont immanquablement donné lieu à des hypothèses, des analyses parfois farfelues, des réappropriations ou encore des querelles d’ego à savoir qui est le plus fin connaisseur.

Certains auteurs annoncent clairement leur démarche et font part de leurs conjectures ; ainsi, Serge Tisseron livre une analyse psychanalytique qui n’est d’abord qu’une hypothèse autour d’un secret de famille chez Hergé. Son travail débuté en 1982 (« Haddock et le fantôme du Chevalier, la question du père dans Les aventures de Tintin ») est confirmé en 1988 par des documents dévoilés pour Hergé, Portrait biographique de Thierry Smolderen et Pierre Sterckx. Plus tard, Emile Brami, dans Céline, Hergé et l’affaire Haddock (2004) suggère après recoupements que les jurons du capitaine sont dans un premier temps fortement inspirés par les pamphlets de Céline (Archibald Haddock fait son apparition l’année de la publication du quatrième et dernier pamphlet de Céline, en 1941).

D’autres auteurs, moins regardants, se jettent à corps perdu dans une montagne de relectures parfois douteuses affirmées comme vraies, sans le moindre doute de leur part.

Comment expliquer aujourd’hui encore des discussions toujours aussi actives autour du travail de Georges Remi, et une telle production pour parler d’un héros pratiquement centenaire ?

Dynamiteurs

Tintin est intemporel parce que Tintin est universel, et inversement. Les choix narratifs et visuels, les codes employés sont considérés comme des standards.

Cette bande dessinée propose à la fois une richesse d’aventures, une multiplicité de tons, et un large panel de personnages et de lieux, et en même temps un support sobre et accessible. A commencer par le trait, cette fameuse « ligne claire ». Les fantaisies visuelles sont rares, le dessin précis, pas de distorsions visuelles et peu de jeux graphiques de plongée/contre-plongée.

Hergé propose des figures complémentaires entre elles, des archétypes de la fiction : le second rôle comique, le savant fou, le policier à la traîne, le fidèle animal, l’antagoniste récurrent, etc.
Les aventures se complètent le temps d’un ou deux tomes et ne laissent pas de question en suspens.

La démesure fantaisiste (L’étoile mystérieuse en particulier) côtoie un réalisme scientifique et des recherches poussées (le summum étant probablement atteint avec Objectif Lune / On a marché sur la lune – pratiquement 20 ans avant Apollo 11).

Le propos couvre une multitude de lieux et d’évènements du siècle (si l’on excepte les premiers tomes qui, de l’aveu même d’Hergé, tombent dans la caricature pour parler de la Russie et du Congo, et le fantastique de L’étoile mystérieuse).

C’est maîtrisé, réfléchi, tout en se permettant régulièrement des expérimentations : ici un huis-clos (Les bijoux de la Castafiore), là des cases blanches devenues étendues blanches (Tintin au Tibet), un renouvellement constant des destinations (jungle tropicale, lande écossaise, villes asiatiques).

Avec Tintin et ses acolytes, on assiste à des courses-poursuites sur toute une série de véhicules ou à pieds, on tire (et il y a des morts – ce que ne s’autoriseront jamais Goscinny et Uderzo avec Astérix –, et même un suicide dans On a marché sur la lune), on s’engueule à grand renfort de mots imagés, et la justice triomphe à la fin avec beaucoup d’humour au passage.

Ce sont également des codes de la bande dessinée qui sont posés, ou adoptés pour de bon : les bulles de dialogue (et la réduction ou l’absence de narration descriptive), des cases systématiquement découpées à angle droit, l’usage parfois de symboles pour remplacer des injures ou indiquer l’état d’esprit d’un personnage.

Par l’aspect visuel et narratif simple et efficace, Hergé peut être comparé à Hitchcock : il tient un rôle tutélaire pour ses pairs et ses successeurs. Hergé est un précurseur, un de ceux qui « parviennent souvent à dire avec une grande netteté des évidences que les développements ultérieurs n’auront de cesse de masquer » (Benoît Peeters).

Et puis Hergé, Tintin, c’est aussi un héritage : si le créateur n’a pas souhaité voir son personnage lui survivre, Tintin n’en a pas moins été adapté depuis le décès de son auteur. Pour une série animée diffusée en 1991, par Steven Spielberg au cinéma en 2011, dans différents jeux vidéo (en particulier par Infogrames – de 1995 à 2001), ou dans des versions radiophoniques des aventures avec des interprètes de la Comédie française (pour France Culture, en 2020). Et il y a Moulinsart à la manœuvre, société fondée en 1986 (à la suite de Tintin Licensing) pour superviser l’usage de Tintin – et dont la gestion est régulièrement controversée, laissant peu de marge à la parodie, aux hommages ou aux adaptations (la série de 1991 a failli être empêchée).

Numa Sadoul est affirmatif : « L’intérêt de la B.D. est [qu’]il s’agit d’un genre irréductible, ne pouvant être mis en balance, ni avec la littérature écrite, ni même avec l’art pictural ou le dessin. Et c’est avant tout à Hergé que nous en sommes redevables. »

Tintin au Tibet par Infogrames

Hérétiques

Devant ce patrimoine, et compte tenu d’un attrait récurrent pour le paranormal dans ses aventures dessinées, il était logique que le travail d’Hergé conduise certains à en faire une relecture ésotérique.

J’avais eu l’occasion de brièvement le mentionner dans l’article consacré aux Olmèques, suite à des déclarations de Patrice Pooyard prétendant relire Astérix, Pierre Boule et autres selon une grille de lecture alternative, à grand renfort de symboles soi-disant cachés et de suppositions absurdes.

Moins d’une semaine plus tard, Planète RAW ajoutait sa pierre à l’édifice avec une vidéo (juin 2020) où il fait une lecture hermétique de l’œuvre, prolongeant ce que je lui reprochais déjà de faire avec Les mystérieuses cités d’or. Et confirmant au passage mon interprétation d’un ésotérisme mainstream, préférant relire la culture populaire plutôt que de tenter une approche antique ou appelant des noms savants. Autrement dit, une démarche qui se rend plus accessible au public visé pour tenter de démontrer qu’il y a un sens caché ou même un complot, et des personnes informées, initiées à des codes ou à des vérités cachées.
Dès lors, quoi de mieux que Tintin pour rassembler autour d’un élément culturel commun auquel on injecterait pléthore de symbolisme obscur ?

Comme l’écrit Tom McCarthy, « Tintin possède un passeport pour le monde des signes. » Les alternatifs qui s’en sont emparé n’ont fait que prolonger la démarche, réinterprétant comme toujours leur matériel de travail. Et Jean-Marie Apostolidès de compléter : « Le créateur, savant ou artiste, est […] obligé de collaborer au Mal, parce qu’il est entouré de gens qui détournent le sens de son œuvre. »

Hergé avait toutefois laissé quelques portes ouvertes…

Sur les 23 albums achevés, au moins un tiers évoquent des créatures mystérieuses, des rêves prémonitoires, des sociétés secrètes, des OVNI ou des pouvoirs paranormaux. L’île noire a des accents de Loch Ness par instants, les prophéties andines prennent vie, des technologies extraterrestres s’invitent brièvement, et le yéti se fait attendre pendant 56 pages.

Le fantastique s’inscrit ici dans une tradition directement inspirée de Jules Verne. Paradoxalement, Georges Remi ne l’a jamais lu, malgré des emprunts évidents.

C’est que Tintin n’est en réalité pas l’œuvre d’un seul homme, mais que c’est un travail à plusieurs. Passés les premiers albums, Hergé s’est entouré de collaborateurs pour l’image, se contentant d’assurer l’intégralité du crayonné mais déléguant encrage et couleurs, ou requérant de l’aide pour des aspects spécifiques comme une partie de la graphie chinoise dans Le Lotus bleu qui est l’œuvre de l’artiste Zhang Chongren alias Tchang ; et faisant régulièrement appel à des proches pour le scénario, dès le premier opus, Tintin au pays des Soviets, dont le thème lui est suggéré par l’abbé Norbert Wallez, rédacteur en chef du Petit Vingtième où l’histoire est publiée en épisodes à partir de janvier 1929.

Le trésor de Rackham le Rouge

Les Studios Hergé, créés en 1950, qui servent pendant plus de 35 ans à regrouper les collaborateurs d’Hergé, voient défiler de grand noms. Des collaborateurs directs parmi lesquels Jacques Martin (dessinateur d’Alix), Roger Leloup (Yoko Tsuno), Bob de Moor ; et des invités de passage, qui parfois servent de références pour des aspects scénaristiques ou de nouvelles idées d’aventures – ainsi l’explorateur Paul-Emile Victor ou le biologiste Alain Bombard.

Une aventure de Tintin, c’est d’abord un sujet maturé par Hergé, puis une sorte de brainstorming avec des proches et des collaborateurs. Hergé fait figure de maître d’œuvre : il initie puis coordonne le travail.

« Tintin, c’est moi », c’est Hergé qui le dit. « Mon reflet le plus lumineux, mon double réussi. Moi, je ne suis pas un héros. Mais, comme tous les garçons de quinze ans, j’ai rêvé d’en être un. Et je n’ai pas cessé de rêver. Tintin accomplit "mes" exploits à ma place. » Mais autour de cette création, il y a un fourmillement continu de dizaine de personnes.

Pour un grand nombre d’aspects verniens développés dans les albums, la parenté en revient à Jacques Van Melkebeke. Ami proche d’Edgar P. Jacobs (le père des personnages Blake et Mortimer), peintre, Hergé le dessine à plusieurs reprises au détour d’une case. Ils signeront d’ailleurs à trois, avec Paul Jamin, des éditoriaux dans Le Soir Jeunesse sous le nom de Monsieur Triplesec.

Le fantastique de L’étoile mystérieuse (10e aventure, 1942), les emprunts dans Le secret de la Licorne, et jusqu’au Temple du soleil (14e aventure, 1949), les références à Verne sont là, et c’est Van Melkebeke qui en est le principal instigateur. Pour Benoît Mouchart, directeur éditorial de Casterman, la rupture avec Van Melkebeke vers 1952 est même signée dans l’aspect scientifique exacerbé du diptyque suivant : Objectif Lune / On a marché sur la lune (1953-1954).

Obélix de Vitruve par Albert Uderzo, exposition au Musée Maillol
Photo LT

Encordé vous-même

Hergé est un produit de son époque, il en va de même pour sa création. Issu d’un milieu traditionnaliste, croyant, Hergé est d’abord très influencé par ses années de scoutisme et des figures fortes comme Norbert Wallez, proche du fascisme italien et aux visions antisémites.

Tel qu’il est présenté dès sa première aventure Tintin au pays des Soviets, le personnage de Tintin est d’abord un reporter au journal catholique Le Petit Vingtième (supplément du journal Le Vingtième Siècle), ce même journal où sont publiées les aventures jusqu’en 1940.

C’est Wallez qui suggère l’URSS comme première aventure et qui fournit la majorité de la documentation à Hergé. C’est le journal qui organise un retour réel du personnage à la gare de Bruxelles. L’influence de Wallez se poursuit pour envoyer ensuite Tintin au Congo.

Si la religion n’est jamais évoquée de façon évidente dans l’œuvre, Tintin est néanmoins une figure assez naïve de défense du bien face au mal. Et, à quelques rares reprises dans sa BD, Hergé fait preuve d’un antisémitisme dans l’air du temps – en particulier avec deux cases de la première version en noir et blanc de L’étoile mystérieuse.

Le travail dans le journal Le Soir où sont publiées les aventures après l’invasion de la Belgique par l’Allemagne nazie et la disparition du Petit Vingtième, amène certaines des connaissances d’Hergé à être jugées pour collaboration (Wallez, qui évite de peu la peine de mort, Van Melkebeke et Jamin, ou encore Raymond de Becker notamment) et lui vaut d’être arrêté à quatre reprises.

L’étoile mystérieuse, première version

Pourtant, dans le même temps, Hergé prend ses distances avec les positions fascisantes de certains. En 1936 déjà, dans Le Lotus bleu et avec l’influence évidente de Zhang Chongren, il prend le parti de la Chine contre l’envahisseur japonais. En 1939, avec Le sceptre d’Ottokar, il s’oppose aux totalitarismes européens avec le personnage machiavélique de Müsstler (uniquement nommé et n’apparaissant pas dans l’aventure) au nom mélangeant ceux de Mussolini et d’Hitler.

En 1941, avec l’apparition du capitaine Haddock, le ton des aventures change avec l’apparition d’un charismatique anti-héros qui devient rapidement indissociable du reporter et de son fox-terrier au point de leur voler régulièrement la vedette.

Les aventures de Tintin se complexifient tandis qu’Hergé se forge une conscience politique et s’écarte de façon volontaire ou non de certains principes de ses jeunes années. Elles se complexifient avec l’état du monde – scientifique, politique, culturel,…
Si vous voulez comprendre le vingtième siècle, lisez Tintin !

Sous-produits d’ectoplasme

Toutefois, aujourd’hui, les alternatifs comme Patrice Pooyard et Planète RAW nous invitent plus loin : « On pourrait se dire que, finalement, Les aventures de Tintin pourraient être une simple œuvre […] qui ne ferait que titiller notre envie de fantastique, qui nous amènerait à des interprétations un petit peu farfelues. […] Mais on pourrait aussi se dire que Georges Remi […] était un initié, qui a su habilement distiller au gré de ses albums un discours, des codes et une symbolique hermétique. »

Leur discours : Hergé, il n’y a pas seulement quelque chose à y voir, à y lire, à y comprendre et à y découvrir. Il y a plus !

Le mystère est planté. Pooyard amalgame d’autres œuvres (Astérix dans le domaine du 9e art), Planète RAW utilise exactement la même dialectique que lorsqu’il décrivait la genèse supposée des Mystérieuses cités d’or et des connaissances cachées de Jean Chalopin.

Et à ce jeu, c’est Planète RAW qui est le plus abondant en éléments, Pooyard se contentant d’égrener un ou deux indices, en prime erronés, par exemple lorsqu’il fait sur Astérix la projection d’Hermès à cause des ailes de son casque, prétendant qu’il est le seul Gaulois à en posséder. Par Bélénos ! c’est oublier entre tous le chef du village : Abraracourcix !

Abraracourcix par Albert Uderzo

Du côté de Planète RAW et de sa relecture douteuse de Tintin, ce qu’il oublie de préciser, lâchant rapidement le nom du livre en fin de vidéo sans même en mentionner l’auteur, c’est que l’intégralité de cette relecture fumeuse, il la doit à Pierre-Louis Augereau, auteur de Hergé au pays des tarots.

Augereau n’est d’ailleurs pas le seul à s’engouffrer dans une lecture alternative d’Hergé. On peut au moins y accoler Bertrand Portevin, avec Le monde inconnu d’Hergé, et Etienne Badot pour La clé alchimique de l’œuvre d’Hergé.

« Qu’est-ce que les aventures de Tintin pourraient cacher ? » demande Planète RAW.
La réponse est simple, car la recette est assez commune dans le monde alternatif de la foire à l’ésotérisme.

Prenez un élément – ici les 23 ou 24 albums – et saupoudrez-les abondamment de tarot, hermétisme, kabbale, mythologie et langue des oiseaux. A partir d’une œuvre considérée comme un classique et pièce maîtresse du monde bédéphile, ouvrez les portes au conspirationnisme, à l’idée d’un Hergé « initié », à des connaissances secrètes disséminées de façon aléatoire dans les pages des albums.

Ainsi, de prétendus éléments de la mythologie grecque se retrouveraient dans les albums, Tintin serait un avatar d’Athéna, par ses aspects androgyne, de sagesse, et comme protectrice des enfants ; Haddock une représentation de Dionysos ; Tournesol figure Hermès, « messager des dieux, inventeur des poids et des mesures, gardien des routes, des carrefours, dieu des voyageurs, des commerçants, des voleurs et des orateurs » (pour un sourd, quel paradoxe !) ; de la même façon que Pooyard évoquait un mélange Astérix-Hermès sur la simple base des plumes.

L’association va plus loin, par exemple avec Hermès, c’est-à-dire Hermès trismégiste. Prétendument une omniprésence du trois – où, comment ? on n’en sait rien. Et « trismégiste » serait la raison du prénom Tryphon pour le professeur Tournesol. Sans surprise, Planète RAW ne rappelle nulle part qu’Hergé s’inspire d’abord d’un menuisier bien réel pour le nom, Tryphon Bekaert, et pour le physique, mélange Auguste Piccard et John Philip Holland pour créer son personnage.

Auguste Piccard
Wikipédia

Graines de vauriens

En réalité, Planète RAW et Patrice Pooyard font ici preuve d’une méconnaissance crasse du processus créatif, d’une ignorance volontaire de ce qui, par nature, fait un récit. Et à plus forte raison un récit d’abord destiné à de jeunes lecteurs, qui oppose de façon souvent assez manichéenne le bien contre le mal. Au-delà des influences de son entourage, de son milieu croyant, Hergé répond simplement à des codes d’écriture, à des choix narratifs.

Ce qui participe beaucoup du succès de Tintin, c’est que l’univers fait la part belle aux archétypes. Des archétypes au sens que Carl Gustav Jung donne au terme (dans Métamorphoses de l’âme et ses symboles – Hergé fera brièvement une psychanalyse jungienne qui influencera certains choix de Tintin au Tibet), des archétypes narratifs comme les pense Joseph Campbell dans Le héros aux mille et un visages (texte qui influencera un autre auteur majeur d’un incontournable du cinéma, George Lucas et sa saga Star Wars) ou, de façon très pragmatique, de simples archétypes propres au récit qui font qu’une histoire, cela suppose un début, une fin, des conflits, parce que « le récit […], c’est d’abord le déséquilibre. Dans un monde stable, pas de récit possible » (Laurent Jullier, Analyser un film – De l’émotion à l’interprétation).

Voir des archétypes dans Tintin, amalgamer aux personnages des figures de la mythologie ou tenter d’y croiser des épisodes religieux, tout ça au premier degré, pour en rester abasourdi et en faire une lecture parallèle à la recherche d’un sens caché, c’est ignorer le processus créatif et la simple narration.

Il y a pléthore d’auteurs, écrivains, philosophes, artistes, universitaires, qui ont réfléchi à ce qu’était la fiction, qui ont écrit sur le besoin de raconter des histoires et la façon de le faire.
Quand Planète RAW indique : « comme tout protagoniste, Tintin a besoin d’un antagoniste, et dans Les aventures de Tintin, cet antagoniste, c’est le capitaine Haddock », il signale non seulement qu’il n’a rien compris à la structure d’un récit, mais même qu’il ne comprend pas le vocabulaire pourtant simple qu’il utilise. Haddock n’est pas un antagoniste. Certes, il peut l’être à l’occasion, mais ce n’est pas sa fonction première. Haddock est avant tout un allié de Tintin, c’est également une figure comique (bien plus que ne l’avait été Milou, qui assurait dans un premier temps cette fonction de façon récurrente), un anti-héros.

A quoi bon vouloir chercher de l’hermétisme, des signes astrologiques, du tarot, de la kabbale, prétendre absolument qu’il y a un sens caché pour y trouver une vérité secrète ? Non seulement Hergé ne l’a jamais indiqué, mais en prime Planète RAW et Pooyard ont une fois de plus ce réflexe idiot de faire abstraction du contexte.

Quand ils parlent de vestiges historiques, de civilisations passées, ils sont incapables de remettre ces éléments dans un contexte, cela a continuellement été rappelé. Mais ici, face à Tintin, ils ne sont pas plus capables de commencer par l’évidence, identifier l’objet de leur étude (et non leur objet d’étude, nuance) : rappeler qu’ils parlent d’abord d’une bande dessinée. D’une œuvre de fiction, d’un récit narratif, d’un art séquentiel.

Le choix est abondant pour réfléchir à la base même de ce qui fait un récit. Remonter jusqu’au mythe de la caverne de Platon et à la Poétique d’Aristote. Se tourner vers un auteur comme Borges, qui n’a cessé de jouer avec les limites du descriptible et l’imaginaire, et qui rappelle l’évidence : « Si un récit ne vous donne pas l’envie de savoir ce qui s’est passé ensuite, c’est que l’auteur n’a pas écrit pour vous » (Conférences). Opter pour les essais d’Umberto Eco ou de Tzvetan Todorov : « Aucun récit n’est naturel, un choix et une construction présideront toujours à son apparition » (Poétique de la prose). Réfléchir à la construction du récit avec les travaux de Robert McKee, John Truby ou Yves Lavandier : « Peut-on […] être créateur sans être analyste, de ses prédécesseurs comme de soi-même ? Le phénomène existe dans tous les arts » (La dramaturgie). Ou simplement lire les auteurs de bande dessinée qui parlent de leur support de travail, Scott McCloud ou Will Eisner : « La bande dessinée communique dans un langage qui repose sur une expérience visuelle commune au créateur et à son public » (L’art séquentiel).

Mais, non, chez les alternatifs, niet, nada, zéro.
On ne réfléchit pas avec des méthodes ou même avec des références, on ne cite pas de sources, on se base sur des intuitions ; on ne trouve pas ce qu’on cherche, on cherche ce qu’on veut trouver.

Tzvetan Todorov
Photo de Martin Bureau

Crèmes d’emplâtre à la graisse de hérisson

Pire encore, à partir de sa lecture de Pierre-Louis Augereau, Planète RAW évoque un double sens donné aux noms de personnages ou de lieux. Il évoque ainsi Abdallah, « fils de Mohammed Ben Kalish Ezab, le roi [sic – il s’agit de l’émir] du Khemed », Khemed, qui serait une référence à l’ancien égyptien Kmt, « terre noire » soi-disant le peuple des anciens égyptiens, et al-khem, l’alchimie, dont on trouverait l’origine en Egypte…

Et Planète RAW a raison. Il y a bien une deuxième lecture possible de certains noms créés par Hergé.

Mais, plutôt que de convoquer de l’hermétisme, de l’alchimie et autres ésotérismes, il vaut mieux commencer avec le parler bruxellois, la zwanze. Ainsi, pour rester dans les contrées du Khemed, l’émir Ben Kalish Ezab peut être lu comme « kalische zab », une manière de désigner un mauvais café comme un « jus de réglisse ». Et le rival de l’émir, le cheikh Bab El Ehr est prononcé « babeleer » qui signifie « bavard » pour les Bruxellois. Et pour le coup, le pays Khemed serait en patois bruxellois « k hem het » soit « Ca y est ! j’ai compris ». Mais ça, ce n’est pas le cas de Planète RAW…

On trouve ainsi tout un tas d’autres jeux de mots référencés, par exemple sur la page Wikipédia des personnages dans Les aventures de Tintin. Hergé est friand de l’exercice, et il paraît légitime de commencer ici, plutôt que par de l’astrologie ou des lectures maçonniques.

Et justement, après le détournement du récit, la langue des oiseaux, voilà le symbolisme à la pelle !

Evoquant tantôt « un énième élément d’initiation » (jamais explicité) par rapport aux Dupondt, ailleurs la table de la couverture des 7 boules de cristal qui renverrait à la table d’émeraude dans la culture hermétique, Planète RAW s’en donne à cœur joie pour réinterpréter Tintin.

Le moindre cercle devient un symbole maçonnique, qu’il s’agisse, dixit Planète RAW, du mouvement des boules de cristal sur la couverture qui soulèvent le fauteuil (il s’agit en réalité d’un phénomène de foudre globulaire et non des boules de cristal, ce qui démontre un peu plus que Planète RAW n’a même pas relu l’album concerné), ou de l’escalier en colimaçon de Moulinsart dans Le secret de la licorne qui serait en prime un renvoi au « temple de Dendérah » en Egypte… En réalité le temple d’Hathor à Dendérah, qui est d’ailleurs un classique des chercheurs de vérité et autres adeptes de la réécriture fantasque de l’histoire, en particulier pour le bas-relief dit « zodiaque de Dendérah ». Patrice Pooyard le montrait brièvement dans son documenteur La Révélation des Pyramides et Antoine Gigal signe la préface du livre d’un astrologue consacré au bas-relief égyptien… Sans la moindre source, Planète RAW en profite pour affirmer que la maçonnerie est née en Égypte avec Euclide avant d’être popularisée avec Pythagore.

Un peu plus tard, l’île noire devient un lieu initiatique, où prend place une « épreuve de l’air » martèle Planète RAW en agitant devant lui un autre album, Tintin et le sceptre d’Ottokar. Les références, cela demande un minimum de travail…

Enfin, il y aurait dans un des albums une référence à une « grotte franc-maçonne en Israël », grotte où « se réunissent les francs-maçons ». En plus de rester dans le vague le plus complet, le rapport d’Hergé aux juifs ne semble pas poser le moindre problème au raisonnement de Planète RAW. Décidément !

Hergé, dans Hergé à l’ombre de Tintin

Jocrisses

Arrivés ici, s’il paraît légitime d’ignorer une lecture purement ésotérique des bandes dessinées d’Hergé, est-ce que pour autant il faut faire l’impasse sur le paranormal dans son œuvre ? Non.

De façon évidente, Hergé a un intérêt pour l’ésotérisme. En tant qu’élément du récit aussi bien qu’à titre personnel. Les aventures de Tintin, cela était rappelé plus tôt, font régulièrement appel à des éléments fantastiques.

Tzvetan Todorov, dans son Introduction à la littérature fantastique, a une réflexion qui correspond parfaitement à l’univers d’Hergé : « Une fonction pragmatique : le surnaturel émeut, effraye, ou simplement tient en suspens le lecteur. Une fonction sémantique : le surnaturel constitue sa propre manifestation, c’est une auto-désignation. Enfin, une fonction syntaxique : il entre, nous l’avons dit, dans le développement du récit. »

L’ésotérisme dans Tintin, c’est d’abord cela : un moyen (et non une fin, comme le pensent Pooyard ou Planète RAW).

Ensuite, à titre personnel, Hergé est d’abord enfermé dans un monde croyant qui l’amènera des années plus tard à cette réflexion : « Je voulais dessiner des bonshommes, moi, dessiner des choses vivantes ! Or, à l’époque et dans ce milieu catholique, il était exclu que je fisse du modèle vivant : le nu, c’était Satan, Belzébuth et compagnie ». Il a des proches qui écrivent dans la revue consacrée au paranormal Planète, Raymond de Becker notamment, qui avait travaillé au journal Le Soir et avait évité de justesse la peine de mort après la guerre (condamné en 1946, il est gracié cinq ans plus tard). Il a lu avec intérêt certaines publications d’Alexandra David-Néel, franc-maçonne et bouddhiste. Hergé s’inspire de Jacques Bergier (l’un des auteurs du best-seller paranormal Le matin des magiciens, et qui écrit dans Planète) pour un personnage de Vol 714 pour Sidney qui sera au centre du deus ex machina final de l’album ; et il fait inviter celui-ci dans une émission de Pierre Tchernia aux côtés d’auteurs réputés de la bande dessinée, René Goscinny, Albert Uderzo, Franquin. Dans un livre récemment publié, Arnaud de La Croix propose un tour d’horizon des rapports du dessinateur à l’ésotérisme dans Hergé occulte – La ligne sombre.

Jacques Bergier sous les traits de Mik Ezdanitoff dans Vol 714 pour Sidney

Gyroscopes

Mais franchement, à vouloir lire de la bande dessinée sous un prisme ésotérique, symbolique ou hermétique, on ne peut que s’interroger… pourquoi parler de Tintin ou d’Astérix, alors que leurs auteurs ne se réclament pas de tels courants, ou n’indiquent nulle part avoir caché un double-sens dans leur œuvre ? Pourquoi ne pas s’attaquer à des monuments du neuvième art, bourrés de références, blindés jusqu’à plus soif de pistes alternatives ?

Pourquoi ni Patrice Pooyard ni Planète RAW ne mentionnent jamais le nom d’Alan Moore, scénariste en particulier de From Hell, où il mélange allègrement une conspiration maçonnique aux meurtres de Jack l’Eventreur ? En plus, From Hell facilite le travail puisque la BD s’accompagne d’un imposant corpus avec des notes détaillant où Alan Moore est allé chercher ses idées et les éléments de son récit.

Pourquoi, dans un autre genre, n’évoquent-ils jamais le personnage Corto Maltese, du dessinateur italien Hugo Pratt, lui-même élevé au 4e degré du Rite écossais et qui aime parsemer ses aventures de symbolisme et de références à la franc-maçonnerie ?

Est-ce qu’en réalité, afin de nourrir leur propre récit complotiste, les alternatifs ne préfèrent pas éviter l’évidence et chercher quelque chose que l’on pourrait estampiller du sceau de « secret » ? Relire From Hell ou les aventures de Corto Maltese, qui font explicitement référence à la franc-maçonnerie, ce n’est pas une solution de facilité, au contraire. C’est savoir que leurs auteurs ont volontairement fait le choix d’utiliser des aspects ésotériques ou symboliques dans le récit, de façon plus ou moins explicite. Pour le détailler, pour le comprendre, pour l’analyser, cela suppose de connaître ces références, de faire des recherches. En somme, c’est compliqué.

La facilité, c’est de pointer les ailes sur le casque d’Astérix, de voir un cercle dans Tintin, et d’hurler au symbole caché. C’est visible et compréhensible par tout le monde, là où la tradition ésotérique franc-maçonne est une construction complexe piochant dans les textes religieux, les écrits mystiques et tout un tas d’autres références qui ne sont pas à la portée du premier venu. En réalité, le choix de Pooyard ou de Planète RAW, c’est de privilégier la satisfaction de leur public : évoquer des choses accessibles avec un enrobage énigmatique et surtout, surtout ne pas trop rentrer dans les détails de peur de lasser le public ou de le perdre.

La facilité intellectuelle, c’est de prétendre traiter Tintin, et de se contenter du résumé d’un bouquin ésotérique, sans maîtriser la moindre source – à commencer par le travail d’Hergé.
Planète RAW conclut d’ailleurs ses réflexions sur Tintin avec un message qui va dans ce sens : finalement pour lui, ces BD, ce sont de « petites aventures sympas pour enfants ».
En d’autres termes, il n’y a rien compris.

Sinon, il aurait assimilé pourquoi il existe autant de travaux tintinophiles, et pourquoi l’intérêt pour le travail d’Hergé est toujours aussi vif.

Corto Maltese par Hugo Pratt
From Hell par Eddie Campbell

Moules à gaufres

Pour le coup, la réaction sur YouTube d’une partie du public de Planète RAW à sa vidéo sur l’hermétisme dans Tintin est rassurante.

Pêle-mêle, quelqu’un s’énerve : « J’ai jamais vu un mélange aussi indigeste d’éléments aussi différents. Tu tentes de faire coller des éléments de Tintin à ce que tu crois. Je pense même que tu peux faire pareil avec Pokémon, Harry Potter, voire Oui-Oui. Vidéo totalement stupide. » Un autre écrit : « Quelle blague ! Tintin ce sont des œuvres de fiction même si son auteur a puisé son inspiration dans des faits et/ou légendes ça reste des œuvres de fiction, point. C’est quoi la prochaine étape, les prédictions dans Gaston Lagaffe ? » Ou encore cette réaction : « Confondre les albums d’Hergé avec le Da Vinci Code... on fait dire ce qu’on veut à un bouquin y compris que la Bible est un livre de cuisine. Maladif ce besoin d’ésotérisme, votre vie est fade à ce point. »

Passé un certain stade, à trop décontextualiser une œuvre, à trop ignorer l’histoire, ce n’est plus de la démagogie, c’est de la balourdise.

La ribambelle de ceux qui voudraient relire les incontournables de la culture populaire à l’aune d’un spectre ésotérique ne sont même pas à la hauteur d’être qualifiés d’olibrius ou de saltimbanques.
Ce sont au mieux des incultes, au pire des ignares.

Caramba, encore raté !

L’oreille cassée
Le récit véridique pourra bien trouver cependant quelques incrédules.
Jules Verne, Vingt-mille lieues sous les mers

Laurent Tlacuilo – juin 2021


Sources :

  • Pierre-Louis Augereau, Hergé au pays des tarots, 1999
  • Etienne Badot, La clé alchimique de l’œuvre d’Hergé, 2016
  • Bertrand Portevin, Le démon inconnu d’Hergé, 2011
    • Le monde inconnu d’Hergé, 2010
  • Hergé à l’ombre de Tintin, réal. Hugues Nancy, 2016
  • Hergé (catalogue d’exposition), 2016
  • « Hergé, le père de Tintin se raconte » (Hors-série Les Cahiers de la Bande Dessinée), 2020
  • « Le rire de Tintin – Les secrets du génie comique d’Hergé » (Hors-série L’Express / Beaux Arts magazine), 2014
  • « Tintin, le retour » (Hors-série Le Monde), 2009
  • Albert Algoud, Le Haddock illustré, 1991
    • Dictionnaire amoureux de Tintin, 2016
  • Jean-Marie Apostolidès, Les métamorphoses de Tintin, 1984
  • Pierre Assouline, Hergé, 1998
  • Jan Baetens, Hergé écrivain, 2006
  • Emile Brami, Céline, Hergé et l’affaire Haddock, 2004
  • Philippe Goddin, Hergé – Chronologie d’une œuvre (7 tomes), 2000-2011
  • Arnaud de La Croix, Hergé occulte – La ligne sombre, 2021
  • Tom McCarthy, Tintin et le secret de la littérature, 2006
  • Benoît Mouchart, A l’ombre de la ligne claire – Jacques Van Melkebeke entre Hergé et Jacobs, 2014
  • Benoît Peeters, Hergé, fils de Tintin, 2002
    • Le monde d’Hergé, 1983
    • Lire Tintin, 2015
  • Olivier Roche et Dominique Cerbelaud, Tintin – Bibliographie d’un mythe, 2014
  • Numa Sadoul, Tintin et moi – Entretiens avec Hergé, 1975
  • Michel Serres, Hergé, mon ami, 2000
  • Thierry Smolderen et Pierre Sterckx, Hergé, Portrait biographique, 1988
  • Pierre Sterckx, L’art d’Hergé – Hergé et l’art, 2015
  • Serge Tisseron, Tintin chez le psychanalyste, 1985
    • Tintin et le secret d’Hergé, 1993
    • Tintin et les secrets de famille, 1990
  • Corto Maltese et les secrets de l’initiation (catalogue d’exposition), 2012
  • Jorge Luis Borges, Conférences, 1985
  • Eddie Campbell et Alan Moore, From Hell, 2000
  • Joseph Campbell, Le héros aux mille et un visages, 1949
  • Umberto Eco, De la littérature, 2003
  • Will Eisner, L’art séquentiel, 1985
    • La narration, 1996
  • Carl Gustav Jung, Métamorphoses de l’âme et ses symboles, 1950
  • Laurent Jullier, Analyser un film – De l’émotion à l’interprétation, 2012
  • Yves Lavandier, La dramaturgie, 1994
  • Scott McCloud, L’art invisible, 1993
    • Faire de la bande dessinée, 2006
    • Réinventer la bande dessinée, 2000
  • Robert McKee, Story, 1997
  • Benoît Peeters, Lire la bande dessinée, 1991
  • Hugo Pratt, série Corto Maltese, 1967-1992
  • Tzvetan Todorov, Introduction à la littérature fantastique, 1970
    • Poétique de la prose, 1971
  • John Truby, The anatomy of story, 2007